Les Premières Nations dans la guerre de 1812

Les Premières Nations ont joué un rôle important dans la Guerre de 1812. Le traité de paix de 1783 qui mit fin à la Révolution américaine les avait déçues, mais ce n’était pas la première fois que leurs alliés britanniques ne répondaient pas à leurs attentes. L’attribution de toutes les terres à l’ouest de la rivière Ohio aux États-Unis avait causé un choc parmi les nations de l’Ouest. Avec le Traité d’Utrecht, les mêmes conséquences avaient été ressenties par les Micmacs et par les Malécites (Etchemins). Il était devenu urgent pour les Premières Nations d’essayer de bâtir une forme de coalition, nécessaire d’un point de vue politique, pour faire face à l’inexorable expansionnisme américain.

C’est à cette fin que 35 nations se réunirent à Sandusky, en territoire wyandot (huron), en Ohio. Joseph Brant (Thayendanegea) était l’un des chefs qui tentaient de forger une alliance selon le modèle de la Conféderation des Six-Nations. Les membres des tribus envisagèrent de former une confédération plus souple et acceptèrent de s’en tenir à ce qui avait été établi dans le Traité de Fort Stanwick en 1768. Les Américains avaient cependant montré à maintes reprises qu’ils n’avaient nullement l’intention de respecter les droits ancestraux des Premières Nations. Les Américains avaient cru qu’avec leur déclaration d’indépendance, ils avaient automatiquement acquis les titres de toutes les terres à l’est du Mississippi. Des affrontements eurent lieu, les Premières Nations battirent deux fois les Américains qui s’unirent pour former une plus grande expédition et anéantir la coalition lors de la bataille de Fallen Timbers en 1794.

En 1807, après l’affaire du Chesapeake, les Britanniques conclurent qu’un conflit entre eux et les Américains était devenu inévitable. Londres chargea le gouverneur général sir James Craig de s’assurer de la loyauté des Premières Nations de l’ouest. Les Britanniques, très pris par les Guerres napoléoniennes qui faisaient rage en Europe, étaient convaincus que l’appui des Premières Nations serait indispensable dans la guerre sur le point d’éclater. Aux yeux des Premières Nations, en dépit des trahisons passées, même les Britanniques peu fiables étaient préférables aux expansionnistes américains.

La montée de Tecumseh

Après la mort de Brant, un nouveau chef s’imposa : le chef de guerre shawnee Tecumseh (« l’étoile filante »). Tecumseh prit le parti des Britanniques non parce qu’il leur faisait confiance, mais parce qu’entre deux maux, il préférait choisir le moindre. Pour sa mission, Tecumseh était associé à son frère, Tenskwatawa, connu comme « le prophète ». Sa renaissance religieuse nativiste avait ouvert la voie au mouvement intertribal de Tecumseh. Dans ses sermons, Tecumseh expliquait que la terre appartenait à toutes les Premières Nations et non à certains groupes seulement, et qu’aucune tribu n’avait le droit de céder ses terres. Cela ne pouvait se faire qu’avec l’accord de tous.

Tecumseh était un homme impressionnant, s’intéressant passionnément à son peuple tout en étant doté d’un sens aigu de la stratégie militaire. Son ami Isaac Brock déclara d’ailleurs que si Tecumseh avait été Britannique, il aurait fait un général extraordinaire. Pendant la guerre de 1812, quelque 35 nations tribales se battirent sous les ordres de Tecumseh qui œuvra inlassablement à rallier à sa cause les Potawatomis, les Ojibways, les Shawnis, les Odawas, les Kikapoos et bien d’autres encore. Il eut nettement moins de succès avec certaines tribus, notamment les Creeks.

À la suite du ralentissement du commerce des fourrures en 1808, les Premières Nations démunies demandèrent de l’aide aux Britanniques qui furent généreux. Amherstburg devint le centre de distribution charitable où on remettait aux Premières Nations aliments, vêtements, filets de pêche, pièges, collets, fusils et munitions. Les Américains étaient convaincus que les Britanniques aidaient les Premières Nations à se préparer à faire la guerre. En réalité, les Britanniques étaient bien plus enclins à encourager un climat de paix favorable au commerce qu’à encourager la guerre.

Lors d’un différend portant sur la résistance des Premières Nations à accueillir sur leurs terres des arpenteurs, le gouverneur de l’Indiana William Henry Harrison profita de l’absence de Tecumseh pour attaquer Prophetstown, là où se rencontrent les rivières Wabash et Tippecanoe. Après de lourdes pertes occasionnées par une attaque des Premières Nations, Harrison fit brûler Prophetstown, détruisant les réserves de nourriture et exhumant les cadavres. Tecumseh souhaita vivement se venger et fut soucieux de se ranger du côté des Britanniques.

La guerre de 1812 : un point tournant

La guerre de 1812 marqua un tournant pour les Premières Nations puisqu’elle constitua le dernier conflit dans le nord-est de l’Amérique du Nord où leur participation fut importante sinon essentielle. Les Premières Nations furent la principale raison de la chute de Michilimackinac, le 17 juillet 1812, l’attaque-surprise ayant été préparée par Tecumseh. Après la victoire à Michilimackinac, les Premières Nations se rallièrent à la cause britannique. Ils accompagnèrent Brock à Détroit et leur présence contribua à la reddition, le 16 août, des troupes américaines dont le nombre était supérieur à celui des troupes britanniques. Tecumseh et le général Brock chevauchèrent côte à côte dans le fort défait. Par ricochet, la chute du fort Detroit donna un élan aux Six-Nations puisqu’elles jouèrent un rôle important dans la défaite américaine à Queenston Heights le 13 octobre, quand elles surgirent au moment propice sous le commandement de John Norton (Teyoninhokarawen).

Les troupes de Tecumseh mirent les troupes américaines en pièces à Fort Meigs, en Ohio, le 5 mai 1813. Toutefois, les Premières Nations ne semblaient plus maîtriser la situation puisque les Américains anéantirent les Creeks et que la victoire navale américaine sur le lac Érié, le 10 septembre, rompit la chaîne d’approvisionnement vers Amherstburg, menaçant ainsi le soutien des Premières Nations.

Les Iroquois jouèrent un rôle prépondérant dans la Bataille de Beaver Dams, le 24 juin 1813. Selon John Norton, « les Kahnawakes allèrent au combat, les Mohawks obtinrent le butin et (le général britannique) FitzGibbon reçut les éloges. »

Le nouveau général britannique qui succéda à Brock, Henry Procter, ne fit pas grande impression sur Tecumseh. Après une période de réflexion, Procter décida, peut-être sur l’insistance de Tecumseh, d’offrir une résistance à Moraviantown (sur la rivière Thames). Le poids de la bataille retomba sur les Premières Nations, elles furent défaites et Tecumseh tué. Personne ne sait ce qui advint du corps du grand chef. Sa perte est difficile à surestimer; avec lui disparurent les restes du mouvement nativiste. Les guerriers autochtones continuèrent néanmoins à se battre jusqu’à la fin de la guerre. Les Américains s’aperçurent qu’il y avait là une brèche et persuadèrent certaines nations autochtones de rallier leur cause. Un groupe de Sénécas se battit d’ailleurs dans les rangs américains à Chippawa, le 5 juillet 1814.

Si les Premières Nations étaient des alliées importantes, elles n’étaient pas toujours faciles à comprendre du point de vue des Européens. La conception qu’elles avaient de la guerre était différente, ainsi que le résume le grand chef sauk Black Hawk : « tuer l’ennemi et protéger nos peuples. » Les guerriers autochtones préféraient se fier aux attaques discrètes et spontanées. Les tactiques européennes les rendaient perplexes et les horrifiaient, de même que le très grand nombre de morts et de blessés que les Européens semblaient tolérer.

Au cours des pourparlers qui allaient aboutir au Traité de Gand, les Britanniques tentèrent de négocier la mise en place d’un territoire indien, mais les Américains s’y opposèrent fermement. La seule concession qu’ils acceptèrent se résuma à conserver le statu quo d’avant la guerre. Ce fut une profonde déception et une immense perte pour les Premières Nations puisque, malgré tous leurs efforts, elles ne purent pas récupérer les terres qu’elles avaient perdues. Trois ans après la mort de Tecumseh, l’Indiana devint un état et entreprit de chasser tous les Autochtones de leurs terres traditionnelles.

Au Canada, la guerre de 1812 marqua la fin d’une époque qui avait permis aux Premières Nations de conserver leurs terres en échange de leur participation à la guerre. Bien vite, avec la croissance du Haut-Canada, les Premières Nations furent moins nombreuses sur leurs terres. On oublia presque que si elles n’avaient pas aidé les Britanniques, le Haut-Canada aurait très bien pu tomber entre les mains des Américains.

Auteur : James Marsh

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