Prise de Détroit, guerre de 1812

Pendant la Guerre de 1812 , la campagne menée dans l’ouest du Haut-Canada commence les 6 et 7 juillet 1812 à Détroit avec l’arrivée du brigadier général américain William Hull, gouverneur du territoire du Michigan, à la tête de quelque 1600 hommes. Détroit est protégée par une palissade, et un fort se trouve côté terre de la ville. Mais ce fort comporte une lacune majeure, car ses occupants ne peuvent tirer facilement sur les navires britanniques qui se trouvent sur la rivière Détroit, ni sur les batteries de canons britanniques installées sur la rive opposée.

Le 12 juillet, Hull traverse sans opposition la rivière Détroit et occupe Sandwich [Windsor]. Le 20 juillet, il prononce un discours emphatique et exhorte la milice canadienne à se défaire du joug britannique et à embrasser la liberté américaine. Ses éclaireurs rapportent qu’Amherstburg est mal défendue, mais Hull refuse d’avancer malgré les pressions de ses officiers.

Attaques sur les lignes d’approvisionnement américaines

Hull s’inquiète à raison de la vulnérabilité de sa ligne d’approvisionnement. Les 2 et 3 août 1812, Tecumseh, le capitaine Muir et Roundhead regroupent des guerriers des Premières Nations et une centaine de tuniques rouges et traversent la rivière Détroit pour atteindre le village wyandot de Brownstown. Cette expédition permet d’ajouter environ 70 guerriers aux forces de Tecumseh et représente une menace directe à la ligne d’approvisionnement entre Détroit et le Fort Érié. Au sud de Brownstown, Tecumseh et 25 de ses guerriers tendent une embuscade à un groupe d’approvisionnement dont peu de membres survivent.

Le 8 août, le général Hull envoie le lieutenant-colonel James Miller à la tête de 600 hommes pour essayer à nouveau de rouvrir sa ligne d’approvisionnement, mais eux aussi tombent dans une embuscade; c’est la bataille de Maguaga (environ 20 km au sud de Détroit). Les Américains forcent quand même les Britanniques et les Shawnees à battre en retraite. Le 11 août, le général Hull ébranlé donne l’ordre à ses forces stationnées à Sandwich de rentrer au fort Détroit, au grand mécontentement de ses soldats. Il envisage même de retourner en Ohio, mais les officiers de sa milice le convainquent de rester à Détroit, sinon il risque de voir son armée déserter. Hull a perdu la confiance de ses hommes, dont beaucoup le considèrent comme un lâche.

L’arrivée de Isaac Brock

La double embuscade près de Brownstown est un des faits d’armes les plus remarquables de l’histoire des Premières Nations. Elle leur permet en outre de mettre la main sur une partie de la correspondance du commandant qui leur révèle la nature de ses inquiétudes.

Le 13 août, Isaac Brock arrive au Fort Amherstburg (Malden) avec 300 hommes. Contre l’avis de Henry Procter et de tous ses officiers, à l’exception de John Macdonell et de Robert Nichol, il décide d’attaquer le fort Détroit. Informé de ce plan, Tecumseh aurait déclaré : « Voilà un homme! » On ignore si l’anecdote est véridique, mais les deux hommes se respectaient beaucoup et Tecumseh admirait la détermination de Brock.

Brock somme Hull de rendre Détroit et l’informe que les nombreux Indiens qui se sont joints à ses soldats seront « impossibles à commander » une fois la bataille engagée. Hull ignore cet ultimatum et la batterie britannique de Sandwich ouvre le feu sur le fort américain. Hull réplique avec ses canons de 24 livres.

Dans la nuit du 15 août, quelque 530 guerriers des Premières nations traversent en canot la rivière non protégée et accostent en aval de Détroit. Les Britanniques suivent au lever du jour, avec 300 soldats réguliers, 30 artilleurs royaux, 400 miliciens et 70 Iroquois de la rivière Grande dirigés par John Norton, et accostent au sud du fort sous la couverture du Queen Charlotte et du General Hunter. Brock souhaite attirer Hull en terrain découvert même si les forces de ce dernier sont supérieures en nombre.

La reddition de Détroit

Le 16 août, Brock remonte par la route vers le fort tandis que les hommes de Tecumseh marchent vers le nord par la forêt. L’histoire populaire selon laquelle Tecumseh aurait fait passer ses hommes trois fois dans la même clairière pour donner l’illusion d’une armée beaucoup plus nombreuse n’est pas étayée par des preuves concrètes. Mais quoi qu’il en soit, à 10 heures ce matin-là, le drapeau blanc flotte au-dessus du fort. Les aides de Brock chevauchent jusqu’à la ligne de défense américaine et reviennent avec la confirmation que Hull est prêt à se rendre. La colonne britannique entre dans le fort alors que les Américains jettent leurs armes. Le lieutenant Bullock dirige un détachement de la 41e Division au son de la fanfare qui joue « The British Grenadiers ».

Du côté américain les pertes sont considérables : quelque 2 188 hommes, 39 canons, un gros magasin de munitions, de pierres à fusil, de poudre et de fournitures, ainsi qu’un navire en construction, le Adams (bientôt renommé le Detroit). Par cette victoire, les Britanniques reprennent le contrôle de tout le territoire du Michigan.

Les autorités et le public américains réagissent avec incrédulité et colère. Hull est traduit en cour martiale et condamné à mort, mais sa peine est commuée. Le malheureux commandant croyait simplement être attaqué par une force écrasante et soutient avoir sauvé ses hommes et 700 civils (dont sa fille et sa petite-fille) des « horreurs d’un massacre aux mains des Indiens ».

Auteur : James Marsh

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