Bataille de Queenston Heights

Sans doute l'une des batailles les plus célèbres de la Guerre de 1812, la bataille de Queenston Heights fut à la fois une victoire et une tragédie pour les forces britanniques et canadiennes aux prises avec l'envahisseur américain. Au lendemain de la stupéfiante victoire du major-général Isaac Brock face aux troupes américaines, à Detroit, les autorités américaines et britanniques s'étaient mises d'accord sur un cessez-le-feu temporaire qui, sans signifier la paix, allait permettre aux deux parties de reprendre des forces afin de poursuivre les hostilités.

Les opérations militaires américaines contre le Haut-Canada dans la région du Niagara furent confiées au général Stephen Van Rensselaer, un milicien qui comptait parmi les hommes les plus riches du pays. Sa lenteur à rassembler ses troupes le long de la route au départ d'Albany fut accentuée par l'arrêt temporaire des hostilités. Brock, stationné à Fort George, guettait la frontière à mesure que le cessez-le-feu tirait à sa fin. Il répartit ses 1500 soldats et ses 250 alliés autochtones, ne sachant pas quand aurait lieu la prochaine tentative d'invasion américaine. Sous la pression de Washington et de la population américaine qui voulaient oublier l'échec et la honte d'avoir perdu face à une armée plus faible que l'armée américaine à Detroit et prêt à tout pour se faire un nom en tant que commandant d'unité, Van Rensselaer choisit de traverser le Niagara à Queenston, dans le Haut-Canada.


Les Américains et l'invasion de Queenston Heights


La nuit du 12 octobre 1812, la milice de New York lance l'assaut et traverse les courants de l'imprévisible Niagara. Brock, convaincu que les Américains ne traverseraient la rivière qu'un peu plus loin, à Fort George et constatant que leur première tentative d'invasion avait été mal organisée, crut à une feinte et ne consolida pas ses troupes à Queenston. Cette décision permit à Van Rensselaer de réitérer sa tentative d'invasion avant que l'aube ne se lève le 13 octobre. Découvrant un sentier caché vers le sommet de l'escarpement, les Américains parvinrent à s'emparer d'un redan d'où un canon empêcha les renforts ennemis de traverser la rivière.


Mort de Isaac Brock


Brock fut réveillé par le son des fusils à Vrooman's Point et le long des berges : la bataille se déroula rapidement puisque les Américains en prirent le contrôle à Queenston Heights, face aux troupes britanniques. Brock sauta sur son cheval et galopa à vive allure jusqu'à Queenston où il rassembla ses forces et mena une charge pour reprendre l'emplacement de son artillerie dont les Américains s'étaient emparés. Brandissant son épée, Brock lança l'assaut, mais cible facile pour les fusils ennemis, il fut abattu et mourut sur le champ.


L'arrivée des renforts à Queenston Heights


Après que son aide de camp, le lieutenant-colonel John Macdonell, fut mortellement blessé dans un assaut tout aussi vain, le major-général Roger Hale Sheaffe, arrivé de Fort George avec des renforts, soit 300 soldats et 250 miliciens, escalada l'escarpement sans être vu des Américains. La Company of Coloured Men du capitaine Robert Runchy, un régiment d'hommes libres et de domestiques liés à l'armée par contrat, s'était organisée en unité de génie.

Par ailleurs, trois cents autochtones s'étaient rangés derrière John Brant, le fils du chef mohawk Joseph Brant. Attaquant de l'arrière, Sheaffe bloqua l'ennemi entre son armée et la falaise. Les réservistes de Van Rensselaer, tous issus des milices de New York, attendant de traverser la rivière, furent appelés à se battre. Mais en entendant le rugissement des canons, ils refusèrent de prendre part à la bataille, expliquant que d'un point de vue juridique, ils n'étaient pas tenus de se battre en terre étrangère. Incapables d'engager une nouvelle attaque ou de renforcer leur défense, les troupes de Van Rensselaer se décomposèrent. Ne restaient plus que 350 soldats réguliers et 250 miliciens qui n'avaient que peu de munitions et dont la volonté allait s'affaiblissant.

La reddition des Américains

 

Les troupes américaines furent surprises par les salves de fusils et les charges des baïonnettes. Le lieutenant-colonel américain Winfield Scott prit le commandement, succédant au capitaine Wool blessé, et brandit un mouchoir blanc pour annoncer la capitulation des Américains. Une fois la fumée retombée, 300 Américains étaient morts ou blessés, près de 1000 autres faits prisonniers alors que les pertes des vainqueurs se chiffraient à 28 morts et 77 blessés dont des soldats réguliers, des miliciens et des autochtones. Hélas, l'une de ces pertes était une énorme perte, irremplaçable : Isaac Brock, tant admiré. La mort de Brock et la victoire des Britanniques eurent cependant comme répercussions de secouer la population du Haut-Canada, qui, au début de la guerre, avait sombré dans l'apathie et le doute quant à une possible victoire contre le puissant voisin et ennemi du Sud. Avec deux victoires à leur actif, les troupes britanniques et canadiennes allaient devoir réfléchir à leurs prochaines manœuvres, privées d'Isaac Brock, leur chef dynamique, populaire et énergique.

Auteur : Jason Ridler

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