Les Voltigeurs et la guerre de 1812

Au printemps 1812, la menace d’une guerre imminente poussa les Britanniques à consolider leur force militaire en Amérique du Nord. La grande majorité des soldats formant les troupes coloniales chargées de se battre contre les Américains étaient certes anglais, irlandais et écossais, mais il est à noter que des Canadiens français s’enrôlèrent également et qu’ils se démarquèrent. Le 15 avril, le lieutenant-général sir George Prevost, gouverneur de l’Amérique du Nord britannique et commandant des forces armées, forma une unité provinciale d’infanterie légère au Bas-Canada. Cette unité prit le nom de Voltigeurs de Québec. Les Voltigeurs étaient des soldats de carrière. Ils étaient originaires du Bas-Canada qui les payait. Ils ne faisaient pas partie de l’armée britannique régulière, ils étaient clairement et distinctement « canadiens ».

Leur commandant était le major Charles-Michel de Salaberry qui avait d’abord été à la tête du 60e régiment d’infanterie (Royal Américan). Sa famille avait acquis une bonne réputation pour avoir servi dans l’armée britannique et lui-même avait servi aux côtés des Anglais contre les Français dans les Indes occidentales et à Walcheren. Charles-Michel de Salaberry avait écrit plusieurs ouvrages utiles sur les exercices à faire avec un fusil, s’était battu en duel contre un adversaire qu’il avait presque coupé en deux et avait la réputation de mener la vie dure à ses soldats et à ses officiers. De Salaberry fut l’un des officiers de l’armée britannique les plus expérimentés de la guerre de 1812.

Les officiers des Voltigeurs étaient issus de la classe aisée de la société québécoise; nombre d’entre eux étaient apparentés à de Salaberry qui ne les dispensa pas de sa stricte discipline et qui exigea d’eux qu’ils se conforment à ses critères de qualité élevée. Les commissions étaient remises aux capitaines et aux lieutenants qui étaient en mesure de recruter des hommes dans leurs rangs (36 pour les capitaines, 16 pour les lieutenants). En dépit d’une propagande britannique chauviniste qui tendait à prouver le contraire, les Voltigeurs étaient parvenus à remplir un peu plus de la moitié des 538 grades autorisés. Au début de la guerre, des unités de Fencibles allaient s’ajouter aux Voltigeurs pour les aider et les appuyer.

Au début de la guerre, les Voltigeurs avaient pour tâche de défendre les Cantons de l'Est. En novembre, ils se retrouvèrent nez à nez devant le major-général américain Dearborn qui, fort de ses 600 hommes, envahit la région de Plattsburgh. De Salaberry accourut avec ses hommes et avec ses alliés autochtones pour repousser l’invasion à Lacolle. L’invasion ne put être freinée, mais des jours entiers d’escarmouche et des coûts qui ne cessaient de grimper forcèrent Dearborn à battre en retraite. Au printemps 1813, les Voltigeurs se scindèrent en plusieurs plus petites unités : certaines partirent renforcer les troupes de défense à Kingston, d’autres prirent part, sans succès, à l’assaut donné à Sacket’s Harbor. Toutefois, les Voltigeurs sont surtout connus pour leur rôle dans la Bataille de la Châteauguay et dans la Bataille de Crysler’s Farm.

À l’automne 1813, les stratèges américains se concentrèrent sur les voies du Saint-Laurent qu’ils souhaitaient bloquer pour isoler les troupes britanniques du Haut-Canada. Puis, ils décidèrent de lancer une attaque sur Montréal. La première étape fut entreprise par le major-général Wade Hampton qui rappela 400 hommes postés jusque-là dans la région du lac Champlain, en amont de la Châteauguay. Son but consistait à bloquer le Saint-Laurent et à retrouver les troupes du général Wilkinson qui étaient parties de Sacket’s Harbour et qui descendaient la rivière. L’entreprise ne souriait pas à Hampton qui n’était pas très rassuré quant aux aptitudes de ses hommes. Il avança lentement. De Salaberry avait, quant à lui, obtenu d’excellents renseignements sur les déplacements de Hampton et ordonna d’ériger divers obstacles pour ralentir encore plus la progression des Américains. Accompagné de ses troupes, les Voltigeurs et la milice, et soutenu par les troupes du lieutenant-colonel George Macdonell (qui était né au Canada), de Salaberry prit la tête de ces troupes composées uniquement de Canadiens et lança l’assaut contre les Américains. Si elle se caractérisa pour commencer par une série d’escarmouches, la bataille de la Châteauguay finit par être véritablement une victoire « canadienne ».

Pendant la bataille de Crysler’s Far, trois compagnies de Voltigeurs servirent sous le commandement du lieutenant-colonel Morrison pour aider à détourner la solide arrière-garde de Wilkinson, composée de 1800 hommes venus repousser Morrison et ses hommes. Le 11 novembre, les Voltigeurs se placèrent de part et d’autre de la ligne de tirailleurs, ils furent nombreux à être blessés. Les Américains les dépassèrent, mais furent détournés par les troupes mixtes de Morrison.

Après la guerre, l’unité des Voltigeurs connut divers changements. Elle fut intégrée au 57e bataillon du Corps expéditionnaire canadien et à ce titre, prit part à une série de conflits armés, notamment à la Première Guerre mondiale et devint un régiment des Forces armées canadiennes au cours de la Deuxième Guerre mondiale.

Auteur : Jason Ridler

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