Mémorial de Brock, Queenston Heights

Le monument à la mémoire de Sir Isaac Brock s'élève telle une sentinelle au-dessus de l'escarpement du Niagara, sur les hauteurs-de-Queenston, et surplombe la rivière Niagara. C'est le deuxième monument commémorant le héros tombé au champ d'honneur de la bataille de Queenston Heights.


Le premier monument de Sir Isaac Brock


Le 14 mars 1815, le Parlement du Haut-Canada adopte une loi pour « l'édification d'un monument à la mémoire du président, le major-général Sir Isaac Brock ». La législature accorde un montant de 500 £ pour la construction d'un monument sur les « hauteurs-de-Queenston, près de l'endroit où il est tombé ». Dans son enthousiasme, le gouvernement accorde 1000 £ de plus pour que le monument soit d'une ampleur digne de son sujet, d'autant plus qu'un monument public commémorant Brock est érigé en 1814 à la cathédrale Saint-Paul, à Londres, où reposent également Nelson et Wellington. Le monument commémoratif est réalisé par Sir Richard Westmacott, un sculpteur britannique renommé.

Le comité du monument rejette la recommandation de la famille Brock, qui suggère que le monument de Queenston soit aussi sculpté par Westmacott, et choisit plutôt un ingénieur du nom de Francis Hall. Celui-ci conçoit une colonne toscane de pierre taillée faisant 38 mètres de hauteur et contenant un escalier tournant en bois.

Les travaux débutent au printemps 1823. Le monument comprend, en haut des escaliers, un poste d'observation avec vues impressionnantes de la rivière Niagara et du lac Ontario. Les dépouilles du général Brock et de son aide de camp, John Macdonell, sont transférées du fort George pour être enterrées avec solennité sous le nouveau monument le 13 octobre 1824. À la base du monument se trouve une entrée alors dotée d'un bar. Ce premier monument à la mémoire de Brock sur Queenston Heights est vénéré par les habitants du Haut-Canada puisqu'il s'agit non seulement d'un hommage à l'héroïsme personnel, mais aussi d'un symbole du pouvoir britannique.

Le 17 avril 1840, le monument est sérieusement endommagé par une explosion de poudre noire. Parmi les personnes impliquées, Benjamin Lett, un sympathisant républicain et fenian, est tenu pour principal responsable de cet acte de vandalisme. Lett s'enfuit aux États-Unis, où il est arrêté pour avoir essayé de brûler le navire à vapeur Great Britain à Oswego (New York). Toujours aussi entreprenant, Lett s'échappe du train qui le mène en prison, à Auburn (New York). Il obtient par la suite son pardon, puis meurt mystérieusement d'un empoisonnement à Milwaukee.

Entre-temps, la tour tombe en ruine, fissurée d'un côté et effondrée au-dessus de la galerie.


Le deuxième monument d'Isaac Brock


Lors d'une réunion pleine d'émotions de quelque 8000 personnes sur Queenston Heights le 30 juillet 1840, on décide de créer un comité du nouveau monument composé de 20 citoyens et dirigé par l'homme d'affaires prospère Sir Allan MacNab. Les corps de Brock et de Macdonell sont exhumés et inhumés à nouveau dans le cimetière de la famille Hamilton, à Queenston.

L'enthousiasme initial s'estompe jusqu'en 1852. Après avoir entendu que les Américains érigeaient un obélisque en tant que monument national en l'honneur de George Washington, les commissaires ont des doutes quant à la proposition d'obélisque égyptien qu'ils ont approuvée.

Un nouveau concours architectural mène à la sélection de l'architecte William Thomas, qui est à Toronto depuis avril 1843. Thomas a été grandement acclamé pour la conception d'un bon nombre de belles églises, notamment de la cathédrale St. Michael (1845-1848) de Toronto. En 1852, il présente, plein d'espoir, des dessins pour le monument de Nelson à Londres, en Angleterre. Son monument remarquable sur les hauteurs-de-Queenston (1853-1856) est fait de calcaire de la région de Queenston. La colonne cannelée comprend 235 marches, et son chapiteau s'élève à 56 mètres. Sur chaque face apparaît une victoire ailée aux bras étendus au-dessus de boucliers. Au sommet figure une statue impressionnante sculptée dans la pierre, de 4,9 mètres de hauteur, à l'effigie de Sir Isaac Brock, dessinée par Thomas lui-même. Brock est debout dans une pose héroïque, tenant un bâton d'une main alors que l'autre repose sur la poignée de son épée.

La première pierre du nouveau monument est posée le jour de l'anniversaire du décès de Brock, le 13 octobre 1853. Les dépouilles de Brock et de Macdonell sont enfin déposées de façon définitive dans leurs nouveaux cercueils gardés par des lions furieux munis de boucliers et disposés dans des voûtes distinctes, celle de Brock étant au nord.

L'inauguration officielle du monument a lieu le 13 octobre 1859. Des milliers de personnes des quatre coins de la province se rassemblent sur les hauteurs pour admirer la merveille de l'époque. Le monument mesure quatre mètres de plus que la colonne de Nelson au Trafalgar Square, à Londres. La seule colonne, toutes époques confondues, qui dépasse celle de Brock en hauteur est le monument de Christopher Wren qui commémore le grand feu de Londres. Le monument est une source de grande fierté pour les citoyens du Haut-Canada ainsi que pour l'architecte, et une reproduction de cette colonne représente le Canada à l'Exposition mondiale de Paris, tenue en 1855.

L'accès à la petite plateforme du haut de la colonne d'où l'on peut contempler les hauteurs et la rivière Niagara par des meurtrières, qui est fermé pendant plusieurs années, ouvre à nouveau en 2010, après une remise en état d'un million de dollars.

Auteur : James H. Marsh

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