Prevost, George

Sir George Prevost, militaire, administrateur, gouverneur en chef du Canada (19 mai 1767, New Jersey; 5 janvier 1816, Londres, Angleterre). Le père de George Prevost, le major-général Augustin Prevost, était suisse francophone, protestant de confession, et s’était enrôlé dans l’armée britannique pendant le siège de Québec en 1759. À la naissance de son fils George, il était lieutenant-colonel et envoya plus tard son fils suivre des études dans une école militaire de Londres.

George Prevost rejoint le régiment de son père, le 60e régiment d’infanterie, en 1779 et en 1784, est promu capitaine du 25e d’infanterie. Au cours des Guerres napoléonniennes, Prevost sert surtout aux Antilles. Il est à la tête des troupes qui défendent Saint-Vincent contre les Français de 1794 à 1796, il est nommé lieutenant-gouverneur de Sainte-Lucie de 1798 à 1802 et en 1802, il est nommé gouverneur et capitaine-général de la Dominique. Il sert en Angleterre de 1805 à 1808, date à laquelle il est nommé lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse. En 1809, il est commandant en second d’une expédition chargée de prendre la Martinique où il se fait remarquer pour ses tactiques habiles et rusées. En tant que gouverneur de la Nouvelle-Écosse, il est populaire et habile, en tant que commandant militaire, il se révèle compétent et s’efforce d’améliorer les défenses de la province dans le cas d’une guerre contre les États-Unis.

 

À titre de lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse – fonction qu’il occupe de 1808 à 1811, Prevost prend des mesures pour encourager la Nouvelle-Angleterre qui avait enfreint l’embargo dicté par le président Thomas Jefferson sur le commerce avec la Grande-Bretagne. Prevost désigne plusieurs « ports libres » en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick, ports où les marchandises américaines sont exemptes de taxes douanières.

Le gouverneur en chef de l’Amérique du Nord britannique

Aux yeux des autorités britanniques, Prevost semble tout à fait capable d’assumer le commandement suprême en Amérique du nord britannique à un moment où la guerre contre les États-Unis est imminente. De plus, il a l’avantage d’être bilingue et il a déjà gouverné la population francophone de Sainte-Lucie. Avec le gouverneur Sir James Craig, les relations entre les Français et les Anglais au Bas-Canada (Québec) se sont gravement détériorées et Craig a de façon imprudente pris parti dans plusieurs controverses. Le 21 octobre 1811, Prevost devient gouverneur en chef de l’Amérique du Nord britannique et commandant des forces britanniques en Amérique du Nord. Il réussit à apaiser les politiciens canadiens les plus influents et obtient la confiance de l’Église catholique, si bien que lorsque la guerre contre les États-Unis est déclenchée, les habitants s’empressent de s’enrôler en grand nombre dans la milice et de participer aux dépenses nécessaires à la défense de leurs terres. En revanche, les décisions politiques de Prevost éloignent de nombreux membres anglophones qui forment la majorité du conseil exécutif nommé et qui lancent de virulentes critiques.

Les préparatifs de Prevost à la guerre

À titre de commandant en chef, Prevost se préoccupe de défense militaire. Il sait pertinemment qu’il n’y a pas d’espoir d’obtenir des renforts puisque l’armée britannique est profondément engagée dans les guerres napoléoniennes. Ses troupes comptent quelque 5600 soldats réguliers et les Fencibles dont près de 1200 sont stationnés dans le Haut-Canada.

Au début de 1812, Prevost est en mesure d’obtenir de l’Assemblée une nouvelle loi sur la milice et de l’argent pour la défense. Le gouvernement britannique ordonne à Prevost de n’agir que d’un point de vue défensif dans le cas où la guerre éclaterait et d’un point de vue offensif dans le cas d’une invasion. Par conséquent, sa stratégie consiste à d’abord et avant tout protéger Québec, la seule forteresse permanente des Canadas. Prevost est convaincu que les forces dont il dispose ne sont pas suffisantes pour attaquer les États-Unis et qu’elles doivent être ménagées pour pouvoir défendre le territoire. Il sait fort bien qu’aux États-Unis, surtout dans les États de la Nouvelle-Angleterre, il y a des dissensions à propos de la guerre et il est convaincu que des attaques ne serviraient qu’à unifier les Américains et à se rallier à la politique de guerre de leur gouvernement. Après le déclenchement de la Guerre de 1812, l’énorme responsabilité qui lui incombe de protéger l’Amérique du Nord britannique face aux plus imposantes troupes américaines le rend prudent et même pessimiste quant à la possibilité d’épargner le Haut-Canada.

Dès que les hostilités sont déclenchées en juin 1812, sir Isaac Brock estime cependant que la position défensive de Prevost est irritante. En réalité, les initiatives offensives du capitaine Charles Roberts qui s’est emparé de Fort Michilimackinac et de Brock qui a pris Détroit avait remonté le moral du Haut-Canada et avait dévoilé l’absence de préparations des Américains. C’est pourquoi, malgré tout, en août 1812,  Prevost signe une trêve avec le commandant américain dans l’espoir que les hostilités prennent fin. La trêve dure moins d’un mois. Il acceptera une fois de plus, en 1814, la proposition américaine d’un cessez-le-feu, mais le gouvernement britannique lui interdira d’y donner suite.

Prevost envoie tout de même des troupes, de l’approvisionnement et de l’argent au Haut-Canada alors qu’au début des hostilités, il avait vivement découragé toute opération offensive. Au mois de mai 1813, il se joint à une attaque contre la base navale américaine de Sackets Harbor, sur le lac Ontario, attaque qui se solde par une victoire partielle. En Europe, Napoléon essuie des défaites, Prevost commence donc à presser ses supérieurs du Haut-Canada de passer à l’attaque, mais ne leur offre pas beaucoup d’appui concret. C’est en septembre 1814 que survient une occasion rêvée de remporter une éclatante victoire, quand presque 15 000 anciens combattants de Wellington viennent se mettre sous ses ordres et qu’il reçoit l’ordre de saisir une ou plusieurs bases américaines.

La bataille de Plattsburgh

Prevost obéit en lançant un assaut terrestre et naval contre Plattsburgh, New York, sur les rives du lac Champlain. Il se met en route au début du mois de septembre, accompagné d’une puissante armée dont l’effectif, pour une fois, est supérieur à l’effectif américain. Arrivé à Plattsburgh cependant, il presse le capitaine George Downie de prendre part à l’assaut, mais inexplicablement, ne lui fournit pas les renforts militaires nécessaires. Quand Downie meurt et que ses troupes marines sont battues, Prevost se replie vers le Bas-Canada, à la tête d’une armée mécontente. Il justifie ses actions en disant que Plattsburgh est indéfendable après la perte de la suprématie maritime sur le lac Champlain, mais les anciens combattants de la guerre péninsulaire menée par Wellington estiment que cette justification est celle d’un lâche.

Les critiques et la cour martiale

Les critiques de Prevost attirent l’attention de Londres, et même ceux qui comme Wellington lui-même acceptent ses explications s’entendent pour dire qu’il doit être rappelé pour n’avoir pas réussi à accomplir ce qui était attendu de lui. Donc, le 2 mars 1815, le lendemain où Prevost apprend que le traité de paix a été signé à Gand et ratifié à Washington, il est sommé de se présenter à Londres pour répondre de sa conduire lors de la bataille de Plattsburgh. Au mois d’août 1815, une cour martiale navale conclut que la défaite a été provoquée par Prevost qui a lancé son escadron dans un assaut prématuré et qui, par conséquent, n’a pas été en mesure de fournir les renforts de troupes terrestres promis.

Prevost exige alors que se tienne une cour martiale militaire pour blanchir son nom, mais il meurt un mois avant la tenue de cette cour martiale. Malgré les préparatifs qu’il avait entrepris pour défendre le Canada, malgré les ressources limitées dont il disposait et bien qu’il ait réussi à empêcher les Américains de conquérir le Canada, la témérité de Prevost à titre de commandant d’unité continue de ternir son image.

Auteurs : Wes Turner et James Marsh

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