Vaisseaux de la guerre de 1812

La guerre navale fut un aspect essentiel, sinon le plus important, de la Guerre de 1812. Pour défendre sa colonie – le Canada – d’un conflit avec les États-Unis, la Grande-Bretagne était de toute évidence désavantagée d’un point de vue géographique. Depuis l’écrasante victoire de Lord Nelson à Trafalgar, la marine britannique régnait en maître sur les mers et les océans, mais les Américains étaient tranquillement en train de remettre en question cette suprématie et avait remporté quelques victoires stupéfiantes dans l’Atlantique. Malgré tout, les réseaux d’approvisionnement britanniques vers le Québec étaient menacés.

Mais encore plus problématiques étaient les réseaux d’approvisionnement des Britanniques vers le Haut-Canada. La colonie à vocation surtout agricole ne disposait pas de la capacité de production nécessaire pour fabriquer des armes, des munitions et d’autres types de matériel militaire pour les troupes ou la milice. Conséquemment, la grande majorité du matériel (et des troupes régulières), nécessaire à l’effort de guerre devait être expédiée de Grande-Bretagne à destination du Haut-Canada, en passant par Québec et Montréal. Puisqu’aucune voie de communication fiable n’existait, le transport vers le Haut-Canada devait se faire sur le fleuve Saint-Laurent – vulnérable – en direction du lac Ontario.Un peu plus à l’ouest, le contrôle du lac Érié était indispensable pour permettre le déplacement des troupes et de l’approvisionnement vers les forts. Le contrôle des deux grands lacs était vivement contesté, et cette remise en question eut des conséquences différentes au lac Ontario et au lac Érié.

Les vaisseaux qui prirent part à la guerre de 1812 sont brièvement décrits ci-dessous.

Le brick

Un brick est un voilier qui a deux mâts à voiles carrées. Le mât principal, le grand-mât, possède aussi une voile à corne. Les bricks étaient construits pour servir de vaisseau militaire mais aussi de navire marchand dans le cadre des routes commerciales côtières et des voyages sur les océans. Un brick destiné à la marine pouvait transporter de 10 à 20 canons. Rapides, ils servirent de messager et de vaisseau-école pendant la guerre de 1812. Les bricks de la marine américaine se distinguèrent sur les Grands Lacs pendant la guerre de 1812. Du fait que les voiles carrées nécessitaient un important équipage, les bricks commerciaux cessèrent bien vite d’être rentables et au 19e siècle, ils commencèrent à faire place à des vaisseaux tels que la goélette et la barque.

Le navire de ligne

Le navire de ligne fut ainsi nommé en raison de la position que ce vaisseau de guerre occupait pendant une bataille à l’époque de la guerre de 1812. Les batailles navales en ce temps-là ne brillaient pas par leur subtile stratégie. Les navires de ligne formaient tout simplement deux lignes opposées et se battaient l’un contre l’autre. C’est pourquoi ces vaisseaux étaient grands et pouvaient transporter 60 à 110 canons. En général, le navire dont le flanc était le plus lourd et le plus précis remportait la bataille.

Les navires de ligne étaient jugés selon le nombre de canons qu’ils pouvaient transporter. Ainsi, la catégorie Premier rang était attribuée aux navires qui transportaient plus de 90 canons et qui avaient trois ponts; le Deuxième rang était attribué à ceux qui transportaient plus de 80 canons et qui avaient aussi trois ponts; le Troisième rang à ceux qui transportaient plus de 54 canons et qui avaient deux ponts. Les navires de Quatrième catégorie (plus de 38 canons, servant aux communications et à l’acheminement de convois), de Cinquième catégorie et de Sixième catégorie étaient jugés trop petits pour prendre part à de grandes batailles.

La goélette

La goélette était l’un des voiliers les plus élégants et les plus faciles à manœuvrer à l’époque de la voile. En anglais, la goélette se traduit par « schooner », dérivé fort probablement du néerlandais et signifiant « adorable ou mignon ». En général, une goélette avait deux mâts, un grand mât et un mât de misaine, le mât avant étant plus court que le mât arrière. La plupart des goélettes étaient dotées d’un gréement aurique (la configuration de la voile qui a quatre coins et qui est contrôlée par un espar appelée voile à corne). Cette disposition permettait de presque doubler la superficie de la voile qui peut être soutenue par un mât ordinaire et une bôme double. (Le navire le plus célèbre du Canada, le Bluenose, était une goélette.)

La goélette était le vaisseau que l’on voyait le plus souvent sur le lac Ontario au début du 19e siècle. La configuration de ses voiles permettait de la surélever sur les flots ou encore de la faire naviguer face au vent, encore plus que les autres vaisseaux. Le Hamilton et le Scourge (voir ci-dessous Les épaves) étaient des goélettes.

Au cours de la guerre de 1812, les goélettes étaient des moyens de transport très prisés (la goélette Nancy a été retrouvée dans la baie Georgienne et fait l’objet d’un lieu historique) et bien souvent, devenaient des navires corsaires. Le Liverpool Packet était une goélette devenue navire corsaire de Liverpool, Nouvelle-Écosse, qui saisit 50 bateaux américains pendant la guerre.

La frégate

À l’époque de la guerre de 1812, le mot « frégate » renvoyait aux navires qui étaient parfois aussi longs qu’un navire de ligne et dont les trois mâts étaient gréés en voiles carrées. Les frégates étaient rapides, l’armement qu’elles transportaient était léger (environ 28 canons) et pendant la guerre, elles servaient à patrouiller les eaux et à escorter d’autres navires. Le mot frégate a fini éventuellement par inclure les plus petits vaisseaux à deux ponts.

Le HMS Shannon est sans doute la frégate la plus célèbre de la guerre de 1812. Ayant pris la mer dans le Kent, en Angleterre, en 1806, le Shannon était l’une des plus grandes frégates jamais construites par la Marine royale durant les Guerres napoléoniennes. En 1813, le Shannon captura l’USS Chesapeake et le remorqua jusqu’à Halifax où on lui fit un accueil triomphal.

Le sloop

Le « sloop » est un autre terme relevant de la terminologie de la marine dont l’application était peu précise. Dans le cas des sloops de la guerre de 1812, il s’agissait d’un vaisseau plus petit qu’une frégate. Il arrivait tout de même qu’un sloop transporte jusqu’à 20 canons et c’était un formidable navire de guerre. Quant au haubanage, un sloop (mot d’origine néerlandaise) n’avait qu’un seul mât à gréement aurique et un seul beaupré droit plus petit. Le mot cependant renvoie bien plus à la fonction du vaisseau qu’au plan de sa voilure. La Marine royale commença à acheter ou à construire des sloops dans l’intention de faire face à la menace que représentaient les navires corsaires que les navires de ligne ne pouvaient tout simplement pas attraper. Parmi les exemples de sloops ayant pris part à la guerre de 1812, il y a le HMS Detroit qui naviguait sur le lac Érié et le HMS Wolfe qui fut le vaisseau amiral du commodore James Yeo sur le lac Ontario.

Les épaves de la guerre de 1812

Au moins 15 épaves datant du conflit de 1812 ont été découvertes. La découverte la plus impressionnante eut lieu en 1973 quand furent découvertes les goélettes américaines, le Hamilton et le Scourge, grâce au sonar latéral utilisé par un navire de recherche du gouvernement canadien par 88 mètres de profondeur, dans les fonds marins du lac Ontario. Les deux goélettes avaient chaviré lors d’une tempête le 8 août 1813; 16 hommes sur 100 avaient survécu. Les vaisseaux ne s’étaient pas renversés en coulant et ils reposent, remarquablement bien conservés, sous 90 mètres d’eau.

La coque de la goélette HMS Tecumseth (sic), repêchée en 1953, peut être observée à Penetanguishene, de même que ce qu’il reste du Scorpion et la membrure du brigantin Naawash. L’épave de la goélette HMS Nancy, un navire qui assurait le ravitaillement des troupes et qui avait coulé dans la rivière Nottawasaga, est désormais au cœur d’un lieu historique national. Les épaves des HMS St Lawrence, HMS Prince Regent, HMS Wolfe et de la goélette américaine  Jefferson ont toutes été retrouvées au fond du lac Ontario. Par ailleurs, les épaves du brick USS Eagle, de la goélette USS Ticonderoga et de la goélette HMS Linnet reposent toutes au fond du lac Champlain.

Le vaisseau le plus célèbre pour avoir été reconstruit, datant de la guerre de 1812, est la frégate USS Constitution. Il sert de navire-école et fut réarmé en 1940. Il fut réparé et reconstruit à maintes reprises. Un million de personnes visitent ce vaisseau au port de Charleston, chaque année.

Un autre vaisseau datant de la guerre de 1812 qui fut reconstruit est le brick USS Niagara, qui au début de la guerre faisait partie de l’escadron de l’amiral Perry sur le lac Érié. Dans les années 80, le navire fut entièrement reconstruit et mis à la mer en 1988. Une réplique de la goélette HMS St Lawrence fut, quant à elle, reconstruite en 1976-77 et fit le tour du monde. Elle coula en raison d’un grain en 1986.

Les Canadiens commencèrent à reconstruire le sloop HMS Detroit, le vaisseau amiral du commodore Barclay. L’original avait été repêché en 1837 et rebaptisé Veto par les Américains qui voulaient ainsi transmettre un message clair au président John Tyler en envoyant le navire vers les Chutes. La quille allait être reproduite en 2000, mais le financement prévu tarit.

Une compagnie de sauvetage a récemment découvert l’emplacement de ce qui, selon toute vraisemblance, pourrait être l’épave remarquablement bien conservée de la frégate canadienne Caledonia. Un tribunal américain n’a pas accepté la requête de la compagnie de repêcher le Caledonia à l’occasion du bicentenaire et de l’exposer à Erie. La controverse portant sur le Caledonia a soulevé notamment des questions d’ordre moral quant à savoir s’il faut perturber les lieux qui constituent le dernier repos des marins morts en mer.

Auteur : James Marsh

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