La guerre sur les Grands Lacs durant la guerre de 1812

Relié par des rivières prenant leur source au nord, à l’ouest et au sud et s’écoulant vers l’est via le fleuve St-Laurent, le centre de l’Amérique du Nord est le théâtre d’intenses batailles pendant la Guerre de 1812. Terre natale de nombreux peuples autochtones, la région des Grands Lacs constitue à la fois un terrain neutre et un point de rencontre où les puissances se disputant la région – soit les États‑Unis et l’Empire britannique – se réunissent pour négocier. Des questions d’une importance cruciale à la survie du Haut et du Bas‑Canada, ainsi qu’à la possibilité de l’établissement d’une fédération de l’Amérique du nord britannique sont au cœur des pourparlers. L’avenir du commerce de la fourrure au Canada repose aussi sur l’issue de la guerre. Pour continuer de se battre, les Britanniques dépendent de plusieurs facteurs, notamment de la présence d’unités navales, particulièrement sur les lacs Ontario, Érié et Huron, de l’acheminement de fournitures et d’armement jusqu’à la Baie Georgienne via le fleuve St-Laurent ou la rivière des Outaouais, et leur fragile alliance avec les peuples autochtones (voir Les Premières Nations dans la guerre de 1812).

1812 – Les premiers mois de la guerre

Afin de protéger leur flanc du côté de l’Ohio, les forces militaires du Haut-Canada, commandées par le major‑général Isaac Brock, élaborent la stratégie de l’initiative. Le meilleur moyen de défendre la vulnérable péninsule du Haut‑Canada consiste à attaquer Détroit, à prendre le Fort Michilimackinac et à envahir l’ouest de l’Ohio. Brock s’empare de Détroit le 16 août 1812 sans même ouvrir le feu. Grâce à la prise du fort Détroit et à la présence de la Marine provinciale au fort Amherstburg (voir Fort Malden), en aval du lac Érié, les Britanniques se dotent d’une voie d’approvisionnement fluviale allant jusqu’au Fort Érié. Le 17 juillet 1812, le capitaine Charles Roberts quitte le Fort St. Joseph près du lac Huron, à la tête d’une force mixte, et oblige le défenseur du fort Michilimackinac, le lieutenant Porter Hanks, à capituler (voir Bataille de l’Île Mackinac ). Les Britanniques conservent ce « Gibraltar de l’Ouest » pendant toute la durée de la guerre.

Après la prise du fort Michilimackinac, les Américains évacuent le fort Dearborn (Chicago), près du lac Michigan, et se font massacrer dans une embuscade. Sur le lac Érié, mis à part la prise d’un navire par les Américains et l’incendie, le 9 octobre, d’un autre navire près du fort Érié, les premiers mois de la guerre s’avèrent indéniablement favorables à l’Empire britannique. Pour ce qui est du lac Ontario, les Britanniques y augmentent leur force de frappe grâce à la garnison et à l’arsenal de Kingston. À Sackets Harbour, du côté américain, les États‑Unis construisent un arsenal bien défendu; ils ont également un petit chantier de construction navale à Black Creek, sur la rivière Niagara [près de Buffalo (New York)].

Campagne de 1813

Le commodore Isaac Chauncey, qui est à la tête des unités navales américaines sur le lac Ontario, estime que, pour assurer la suprématie des États‑Unis sur le lac Érié, il faut construire une nouvelle base à l’ouest de la précaire base de Black Rock, qui se trouve à portée de tir des canons du fort Érié. Presque Isle [Erie, Pennsylvanie] est l’endroit choisi, et une flotte y est construite. Le 10 septembre 1813, cette dernière affronte une flotte de navires de guerre britanniques sous les ordres du commodore Robert Heriot Barclay lors de la Bataille du lac Érié. Le vainqueur, soit le commodore Oliver Hazard Perry, procure ainsi aux Américains tous les avantages d’une victoire navale décisive : il oblige les unités militaires britanniques, désormais sous les ordres du major-général Henry Procter, à se replier sur la péninsule du Haut‑Canada. Voyant leur voie d’approvisionnement coupée, les Britanniques fuient Détroit et abandonnent le fort Amherstburg. Les forces américaines débarquent sans résistance à Moraviantown et y remportent la Bataille de Moraviantown (Thames). La mort de Tecumseh lors de cette bataille marque la fin du projet de confédération autochtone. Les États‑Unis sécurisent leur frontière militaire à l'ouest, et le Haut‑Canada est menacé.

Le lac Ontario constitue la clé de la défense britannique. À Kingston, le commodore sir James Lucas Yeo développe les forces navales britanniques, mais ne parvient toutefois pas à mettre un terme aux activités navales des Américains ni aux raids amphibies. Le 27 avril 1813, une force navale et militaire combinée, dirigée par le général Henry Dearborn et le commodore Chauncey, envahit la ville de York [Toronto], forçant ainsi sa reddition, détruit un navire et en capture un autre. Ces soldats, désormais sous les ordres du colonel Winfield Scott, poursuivent leur route jusqu'au Fort Niagara. Le 27 mai, Scott et une force de 4 000 à 5 000 hommes, aidés de la flotte de Chauncey, attaquent le Fort George, ce qui oblige les Britanniques à abandonner le fort Érié et permet à Perry de libérer les navires retenus à Black Rock. Les 28 et 29 mai, le général américain Jacob Brown repousse, à Sackets Harbour, une force de débarquement britannique, commandée par sir George Prevost. À la fin de l'année, les forts York, George et Érié sont de nouveau sous contrôle britannique et une troupe britannique parvient à prendre le fort Niagara. Les Britanniques gardent le contrôle de Kingston, leur citadelle et base navale sur le lac Ontario. Bien que le commodore James Lucas Yeo et ses unités navales n'arrivent pas à prendre le contrôle du lac Ontario, ils ne le perdent pas non plus. Le général James Wilkinson et son armée parviennent à quitter Sackets Harbour et prennent la direction de Montréal, mais après les défaites de la Crysler’s Farm et de Châteauguay, ils rebroussent chemin.

1814 – Conclusion de la guerre

En 1814, les forces britanniques sont de plus en plus sur la défensive. Sur le lac Huron et dans la baie Georgienne, les unités navales américaines, sous les ordres du commodore Arthur Sinclair, traquent la goélette Nancy, mais n'arrivent pas à reprendre Michilimackinac et perdent le contrôle de Sault Ste Marie. Le seul succès des Britanniques consiste à capturer le Tigress et le Scorpion au début de septembre, près du fort St. Joseph, qui est abandonné. Lors de la bataille de Chippawa, le 5 juillet, des troupes américaines traversent la rivière Niagara, s'emparent du fort Érié, puis infligent la défaite aux hommes du général britannique Phineas Riall. La bataille de Lundy’s Lane a lieu peu de temps après, mais Chauncey ne coopère pas avec son homologue militaire, un facteur décisif dans le retrait des troupes américaines qui se trouvent du côté canadien de la péninsule du Niagara. Sur le lac Ontario, les chantiers navals rivaux, américains et britanniques s’engagent dans une course contre la montre à qui bâtira et lancera le navire de guerre le plus imposant et le plus doté e n armement, pour ainsi amener du côté britannique, en septembre  1814, le lancement du navire à trois ponts, le HMS Lawrence. Le 11 septembre, la campagne terrestre et maritime de Prevost sur le Lac Champlain se solde par une défaite (voir Bataille de Plattsburgh) lorsque le capitaine Thomas Macdonough et sa flottille de navires et de canonnières réussissent à vaincre les forces comparables du capitaine George Downie. Comme les Américains contrôlent désormais le lac, Prevost annule l'invasion terrestre. La défaite des Britanniques influe sur les pourparlers de paix qui sont alors en cours.

Tout au long de la guerre, le contrôle des lacs et des voies navigables s'avère essentiel à l'approvisionnement et au déploiement des unités militaires et joue un rôle déterminant sur l'issue du conflit.

Auteur: Barry Gough

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