Bataille de Stoney Creek

La bataille de Stoney Creek a eu lieu pendant la Guerre de 1812, dans la nuit du 5 au 6 juin 1813. Fort George ayant été capturé à la fin du mois de mai, le major-général américain Henry Dearborn était prêt à lancer une nouvelle attaque offensive dans le Haut-Canada, mais des hésitations et le mauvais temps empêchèrent le brigadier américain Winder et ses 1400 hommes d'avancer vers Burlington jusqu'au 2 juin, date à laquelle suivit une autre brigade commandée par le brigadier Chandler. Les deux brigades se rencontrèrent à Forty Mile (Grimsby, Ontario) et prirent la route de Stoney Creek le 5 juin. Cette nuit-là, les troupes installèrent leur campement dans un champ, non loin de la route.

L'attitude et la cadence relativement décontractées des troupes américaines allaient donner aux Britanniques une occasion de prendre le dessus. Un jeune homme des environs, Billy Green, avait recueilli des renseignements cruciaux sur les troupes américaines qui s'avançaient, notamment l'endroit où elles étaient stationnées et leur répartition. Il chevaucha à Burlington où étaient stationnés les Britanniques qui le prirent d'abord pour un espion américain. Green transmit bien vite toutes les informations qu'il avait glanées au lieutenant-colonel John Harvey qui avait par ailleurs obtenu d'un prisonnier récemment libéré les mots de passe des troupes américaines à Stoney Creek. Il y avait peu de sentinelles, elles étaient mal placées et la forêt voisine offrait un excellent abri.

Attaque-surprise en pleine nuit des Britanniques sur Stoney Creek

Harvey défendit ardemment auprès de son supérieur, le brigadier-général John Vincent, l'idée de lancer une attaque de nuit, fort risquée, contre l'ennemi endormi dans le but de frapper fort et rapidement avant qu'il ne puisse faire appel à des renforts. Vincent accepta et au cœur de la nuit, Harvey et 700 de ses hommes des 8e et 49e régiments lancèrent une attaque-surprise sur les troupes d'invasion américaines de 3500 hommes. Les Britanniques avancèrent en silence, ils avaient retiré la pierre à feu de leurs mousquets pour éviter que des coups de feu ne soient tirés accidentellement. Green, natif de Stoney Creek, aurait déclaré à son petit-fils qu'on lui avait demandé d'aider les troupes à traverser la forêt.

Les sentinelles furent bâillonnées avant qu'elles ne puissent donner l'alerte et il s'avéra que l'ennemi n'était pas très discipliné, pas plus d'ailleurs que certains soldats britanniques des troupes régulières qui refusèrent de garder le silence et tirèrent des coups de feu un peu trop tôt. Les Américains se réveillèrent, découvrirent leur campement envahi par les tuniques rouges et illuminé par des feux, et eurent beaucoup de difficultés à charger leurs mousquets alors qu'au même moment, les Britanniques lançaient leur attaque. Malgré la confusion et les effusions de sang, les troupes de Harvey réussirent à se replier, emportant avec elles un butin de taille. Le major Charles Plenderleath, commandant du 49e régiment britannique, ordonna à ses hommes de saisir les canons de campagne de l'ennemi avant qu'il n'ait le temps de les charger. Remarquant une agitation autour des canons, Chandler courut pour rappeler ses hommes à l'ordre - du moins était-il convaincu qu'il s'agissait de ses hommes - et fut fait prisonnier par les Britanniques qui avaient pointé leur baïonnette sur lui. Le même sort fut réservé à Winder; les deux commandants de brigade furent faits prisonniers, les canons furent saisis, affaiblissant ainsi la chaîne de commandement américain et la puissance de feu dont les Américains auraient pu disposer pour se rassembler et transformer l'attaque britannique en déroute. Les Britanniques se replièrent, avec à leur actif, une victoire décisive.

Pour les Britanniques, ce fut une attaque audacieuse, risquée, mais qui porta fruit grâce autant à la chance qu'au talent. Le prix de cette victoire fut élevé : 23 morts, 134 blessés et 5 disparus. Les Américains recensèrent 55 hommes tués ou blessés et une centaine de disparus. Ils se replièrent bien vite à Fort George, poursuivis par des éclaireurs britanniques ou autochtones. Le colonel James Burn du 2e régiment de dragons légers avait dirigé le repli et avait rapporté ses actions au général Dearborn. À la suite de la capture de deux officiers, ne disposant que de très peu de munitions, il ordonna la tenue d'un conseil auquel furent conviés tous les officiers supérieurs. Les Américains espéraient se réapprovisionner à Forty Mile Creek, mais ils s'aperçurent assez rapidement que le campement avait été entièrement détruit par l'escadron naval de sir James Yeo, le nouveau commandant naval britannique du lac Ontario. Si Yeo était capable de s'en prendre aux 40 milles de logistique et de communication qui devaient être franchis pour obtenir des renforts, il n'y avait d'autre choix que de retourner à fort George. Les Américains durent faire face à de nombreuses escarmouches tout au long du trajet de retour et nombre de leurs hommes furent faits prisonniers.

La bataille de Stoney Creek, point tournant dans la guerre de 1812

La bataille de Stoney Creek marqua un virage dans les opérations militaires des Américains au Haut-Canada. Ils étaient toujours maîtres de Fort George, mais leur champ d'action pour prolonger et renforcer leurs victoires était limité par le nombre d'avant-postes britanniques qui se refermaient sur eux et par leur peur des guerriers des Premières Nations qui usaient de tactiques de guérillas en pleine nature. Comme le fera la Bataille de Beaver Dams deux semaines plus tard, la bataille de Stoney Creek permit de replacer la péninsule de Niagara sous contrôle britannique et canadien et mit fin à la tentative américaine de conquérir la région occidentale de la province. Cette bataille marqua également un tournant dans la carrière de Harvey qui allait ajouter d'autres victoires à son tableau, notamment celle de Crysler’s Farm, de Lundy’s Lane et de Fort Érié. Quant aux efforts déployés par Greene, ils lui valurent d'être surnommé le Paul Revere du Canada et d'être immortalisé par le musicien canadien Stan Rogers dans l'une de ses chansons.

Auteur : Jason Ridler

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