Siège de Fort Érié, guerre de 1812

Le siège du fort Érié est en fait un blocus par les Britanniques de leur propre fort, situé à l’embouchure de la rivière Niagara en face de Buffalo, New York, que les Américains avaient pris le 3 juillet 1814. Malgré l’échec, le siège empêche la dernière grande force d’invasion américaine de la Guerre de 1812 de pénétrer plus loin dans le Haut-Canada.

Après le dur combat de la Bataille de Lundy’s Lane le 25 juillet 1814, les Américains battent en retraite au Fort Érié, où ils établissent leur camp retranché et renforcent les fortifications en pierre. Le commandant britannique qui les poursuit, le lieutenant-général Gordon Drummond est d’abord forcé de laisser se reposer ses troupes exténuées, d’obtenir du ravitaillement et de trouver des hommes supplémentaires pour refaire son effectif.

Ce n’est qu’au début du mois d’août que Drummond se présente au fort Érié. Sachant ne pas avoir l’effectif requis pour soutenir un long siège, il décide de lancer des attaques-surprises contre deux dépôts de provisions américains, l’un à Buffalo, l’autre tout près. Sa stratégie consiste à priver les Américains de leur ravitaillement pour les forcer à abandonner le fort Érié. Mais les attaques ne donnent pas les résultats escomptés et Drummond se voit contraint d’attaquer le fort qui a été renforcé et qui est bien défendu.

L’attaque sur Snake Hill

Il ordonne d’abord la construction d’une batterie de siège; le bombardement du fort commence le 13 août et dure deux jours mais, comme le souligne un officier britannique, les résultats « sont très décevants ». Drummond décide quand même de suivre son plan de prendre le fort d’assaut à deux heures du matin dans la nuit du 15 août, par une attaque sur trois fronts menés par trois colonnes distinctes. Le premier front vise une position connue sous le nom de Snake Hill. Il s’agit d’un gros monticule de sable situé à peine plus de 700 mètres au sud du fort que les Américains ont lourdement fortifié et raccordé au fort par une série de remblais. Après avoir pris cette position, les deux autres colonnes devaient avancer, l’une pour attaquer le fort, l’autre pour prendre les remblais reliant le fort au Lac Érié tout près vers le nord.

L’attaque de Snake Hill est un désastre. L’avancée des Britanniques dirigés par le lieutenant-colonel Victor Fischer est détectée beaucoup plus tôt que prévu et les troupes essuient rapidement le feu nourri des forces de défense qui, dans l’obscurité, sème la panique et la confusion et les oblige à battre en retraite. Pour compliquer les choses davantage, on avait ordonné aux hommes de Fischer de retirer la pierre à feu de leur mousquet pour éviter qu’une décharge accidentelle ne ruine l’effet de surprise. Ils doivent compter uniquement sur leur baïonnette, mais n’ont pratiquement aucune chance de s’en servir.

L’attaque sur les retranchements du côté nord

À trois heures du matin, les deux autres colonnes s’étaient avancées. L’attaque sur les retranchements du côté nord se solde aussi par un échec. Le commandant de la colonne, le colonel Hercules Scott, est l’une des nombreuses victimes tombées sous le feu nourri des Américains. Le reste de sa colonne se déplace alors vers l’ouest pour rejoindre la colonne centrale du lieutenant-colonel William Drummond qui a déjà fait plusieurs tentatives infructueuses pour prendre le bastion nord-est du fort.

Une dernière tentative désespérée est cependant couronnée de succès, mais Drummond et ses hommes se trouvent pris au piège quand les Américains déterminés bloquent l’étroit passage qui mène au reste du fort. C’est pendant ce combat acharné que tombe William Drummond.

L’assaut de Drummond contre le fort Érié prend fin lorsqu’un gros dépôt de munitions situé sous la plateforme en bois du bastion explose et fait beaucoup de victimes. Un des survivants décrit plus tard le carnage en disant que des centaines d’hommes « gisaient rôtis, estropiés, brûlés, blessés, noircis, pas beaux à voir ». Pour les Britanniques, l’affrontement se solde par quelque 900 hommes tués, blessés ou portés manquants, par comparaison à seulement 62 pertes pour les Américains. Drummond est consterné, mais déterminé à maintenir le siège.

Contre-attaque américaine

Le 17 septembre, les Américains font une sortie bien planifiée pour briser le siège. Ils prennent plusieurs batteries britanniques et entravent leurs canons avant que Drummond ne puisse organiser sa résistance. Il parvient quand même à repousser les Américains au prix d’une bataille féroce et de pertes considérables. Dépouillé de la moitié de ses canons et ses forces décimées par les pertes et la maladie, Drummond lève le siège le 21 septembre et se retire sur la rive nord du ruisseau Chippewa (rivière Welland), à une trentaine de kilomètres en aval de la rivière Niagara.

Bien que les Américains parviennent à se maintenir au fort Érié, ils ne peuvent tirer profit de leur position pour réaliser le grand balayage qu’ils espèrent depuis longtemps dans la péninsule du Niagara, jusqu’à Burlington Heights (Hamilton) et York (Toronto).

Drummond, qui est sur le point d’obtenir des renforts, réussit à leur bloquer le passage et la marine britannique reprend le contrôle du Lac Ontario. Le 5 novembre 1814, les Américains traversent la rivière Niagara et battent en retraite à Buffalo. Le fort Érié, théâtre de luttes sanglantes pendant les mois précédents, est détruit pour empêcher les Britanniques de l’utiliser.

Auteur : Sherman Zavitz

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