Yeo, James Lucas

Sir James Lucas Yeo commandant naval (né le 7 octobre 1782 dans le Hampshire, Angleterre; décédé en mer, le 21 août 1818). Fils aîné d’un avitailleur, James Lucas Yeo quitte l’école pour se porter volontaire au sein de la Marine royale à l’âge de 10 ans. Quatre ans plus tard, il obtient le grade de lieutenant intérimaire. En 1805, il est nommé commandant, puis il devient, en 1807, capitaine de pavillon. Enfin, le 19 mars 1813, il est nommé commandant en chef sur les Grands Lacs, au Canada, poste qu’il occupera jusqu’à la fin de la Guerre de 1812.

La jeune carrière navale de Yeo, qui fait preuve d’un courage à toute épreuve et jouit d’une grande renommée, est marquée par de brillants exploits, ce qui est de bon augure pour les défis qui l’attendent en tant que commandant de la flotte des Grands Lacs. Par exemple, c’est sa prise audacieuse de deux batteries de tir à El Muros (Espagne), en 1805, qui lui vaut d’être promu commandant. En reconnaissance de ses succès contre les Français en Guyane française, le prince régent portugais lui accorde, en 1808, le titre de chevalier de l’ordre de Saint-Benoît d’Avis; il est le premier protestant à être reconnu de la sorte. Acclamé par le public, il rentre chez lui, où il est fait chevalier par le roi George III.

Cette réalisation est entachée en novembre 1812, lorsque le navire de Yeo, ainsi que le navire américain qu’il a saisi, s’échouent et coulent dans les Bahamas. Jugé en cour martiale, il s’en tire toutefois sans condamnation. Il est ensuite choisi pour commander la flotte des Grands Lacs. Ce poste représente une excellente occasion aussi bien qu’un grand défi, mais Yeo l’accepte et fait voile sur le Canada en mars 1813.

Guerre sur les lacs

Bon nombre de contemporains – ainsi que de nombreux historiens – sont déçus par le leadership de Yeo, qu’ils jugent trop prudent, voire peureux. Cependant, les restrictions d’ordre matériel et pratique auxquelles Yeo doit faire face laissent supposer que sa conduite n’est pas due à de la couardise. Sa flotte est souvent à court de personnel, de fournitures et même de navires. Au début de son commandement, il est armé d’une caronade de 32 livres qui, bien que meurtrière sur de courtes distances, manque de précision lors des combats sur de longues distances. Son homologue, le commodore américain Isaac Chauncey, dispose quant à lui d’un équipage nombreux et de canons de 24 livres, beaucoup plus efficaces sur les longues distances. Par conséquent, les deux officiers s’esquivent continuellement, attendant le meilleur moment pour engager le combat, mais passant rarement à l’action. Un officier américain les décrit comme deux hommes qui « se tiennent côte à côte, tels deux chiens qui grognent et montrent les dents, mais ne mordent jamais ». Espérant surmonter ces difficultés, Yeo supervise la construction de navires toujours plus grands et mieux armés au cours de l’hiver 1813-1814.

Le commandement de Yeo est aussi gêné par sa relation conflictuelle avec sir George Prevost, un homme qu’il en viendra à détester intensément, mais à qui on lui a donné l’ordre d’obéir. Après la rencontre désastreuse qui a lieu sur le lac Champlain en septembre 1814, leur relation s’envenime davantage et jette une ombre sur les célébrations de paix annoncées en février 1815.

Carrière navale en temps de paix

Peu après, Yeo est rappelé en Angleterre. Il quitte Kingston en mars, mais fait un détour par les États‑Unis, où il passe plusieurs jours à Sackets Harbour. Maintenant que la guerre est terminée, il profite de la compagnie de son ancien ennemi, Isaac Chauncey. Lors de son arrivée en Angleterre, en mai 1815, il présente un long rapport des plus honnêtes à l’amirauté, dans lequel il affirme que les succès britanniques sont le résultat de la stupidité des Américains, plutôt que de la bonne gestion et du niveau de préparation des Britanniques.

Ses qualités de leader ne font toutefois aucun doute, puisqu’on lui accorde immédiatement un autre prestigieux poste de commandant, le long de la côte ouest de l’Afrique cette fois, où il intercepte des navires d’esclaves. Ce commandement sera son dernier. En effet, Yeo a toujours eu la santé fragile (il souffre de la fièvre jaune en 1798 et de la malaria en 1805), ce qui s’explique en partie par ses nombreuses années passées en mer. En août 1818, il contracte une fièvre et meurt en mer. Son corps est préservé dans de l’alcool et transporté en Angleterre, où il est enterré dans la chapelle de la Garnison royale, à Portsmouth, le 8 septembre 1818.

Auteure : Renee Lafferty

Liens externes