Bataille de York

Le pillage de York, qui représente une défaite écrasante pour les Britanniques pendant la Guerre de 1812, commence au matin du 27 avril 1813. À l'aube, une flottille de 16 navires américains, sous les ordres du commodore Isaac Chauncey, se fraie un chemin jusqu'à la capitale du Haut‑Canada, York [aujourd'hui Toronto]. Les Américains débarquent à l’ouest, anéantissent le petit groupe de guerriers qui défend le rivage et neutralisent les faibles batteries de la ville. Les forces américaines, composées d'environ 1 700 hommes, assument facilement le contrôle. Mal défendu par une garnison insignifiante de 700 soldats et appuyé par une milice peu enthousiaste (presque totalement absente, en fait), le fort est abandonné par le général britannique sir Roger Hale Sheaffe. Il laisse derrière lui deux officiers de la milice locale pour négocier les modalités de la capitulation.

Destruction et pertes à York

Pour prévenir le pillage, Sheaffe ordonne la destruction de tous les biens de valeur. Un navire, le Sir Isaac Brock, alors en construction, est incendié, les fournitures de navire sont détruites et le grand magasin du fort est brûlé. Ce dernier geste de défi, que les Américains considèrent comme un coup délibéré et cruel, est dévastateur. Les munitions et la poudre stockées dans le magasin en pierre explosent, projetant des débris et des fragments de pierres dans les rangs des Américains et vomissant dans l'air une terrifiante colonne de feu et de fumée.

L'explosion tue près de 40 hommes sur le coup et fait plus de 200 blessés, dont plusieurs ne survivent pas à leurs blessures. Parmi les morts se trouve le brigadier général Zebulon Pike, commandant américain des forces terrestres sur le rivage. Les ressources médicales des Américains sont mises à rude épreuve. Les pertes britanniques sont elles aussi importantes; on rapporte plus de 150 morts et blessés, ainsi que 290 prisonniers. La destruction des fournitures de navire et des fournitures militaires est tout aussi paralysante et nuit particulièrement aux efforts des Britanniques sur le lac Érié.

Les habitants de York ne sont pas épargnés; au cours des six jours d'occupation, les troupes américaines pillent toutes les maisons abandonnées, ainsi que plusieurs commerces et édifices publics. (Peut-être dans le but de s'attirer la sympathie des Canadiens, au moins une partie du butin est redistribuée parmi ceux‑ci.) Les Américains incendient le Parlement, la résidence du Gouverneur général et plusieurs autres édifices publics en plus de détruire la presse à imprimer de la ville. Ils affirment saisir les biens publics qui visent à soutenir les forces britanniques. On raconte également une fausse histoire au sujet d'un scalp suspendu dans un édifice gouvernemental pour justifier la destruction, celle-ci constituant une preuve accablante de la complicité des Britanniques avec des guerriers « sauvages ».

Incidence du pillage de York

La prise de la capitale est un événement honteux pour les Britanniques, en ce qu'elle expose des failles importantes dans leurs défenses. En fait, la ville est tellement mal défendue que Chauncey y retourne en juillet, et ses troupes débarquent sans opposition. Ces dernières brûlent plusieurs navires et édifices publics, détruisent un parc à bois et se sauvent avec les fournitures. L'attaque de Washington par les Britanniques en août 1814 est considérée comme une juste rétribution.

Pour les Américains, le pillage de York constitue une victoire politique importante. Après des mois d'une campagne inefficace, cette victoire rehausse enfin le moral des militaires et des citoyens. Elle sert aussi la stratégie électorale des républicains de Washington partisans de la guerre. En effet, ces derniers font face à une concurrence de plus en plus forte de la part des fédéralistes opposés à la guerre et croient qu'une importante victoire militaire influencera le vote. L'invasion de York n'a lieu qu'après les élections, mais la victoire est proclamée à l'avance, ce qui témoigne de l'importance symbolique (et de la vulnérabilité) de cette cible.

Voir aussi : La guerre sur les Grands Lacs durant la guerre de 1812

Auteure : Renee Lafferty

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