Bataille de Chippawa

La bataille de Chippawa, qui se déroule le 5 juillet 1814 dans le cadre de la Guerre de 1812, se conclut par une victoire des Américains sur les forces britanniques. En 1814, la principale campagne américaine consiste à envoyer la division de gauche de l’armée américaine, dirigée par le major-général Jacob Brown, dans la péninsule du Niagara , où elle doit rejoindre un escadron américain sur le lac Ontario pour mener un raid contre la baie de Burlington, York ou Kingston, selon ce que les circonstances permettent.

Avancée vers le Haut-Canada

Le 3 juillet 1814, la division de Brown traverse la rivière Niagara et pénètre le Haut-Canada. Quelques heures plus tard, elle s’empare du Fort Érié. Avant de se rendre, le commandant du poste dépêche des cavaliers pour signaler l’invasion au major-général Phineas Riall, commandant de la division de droite des Britanniques dont l’autorité s’étend de York à la rivière Niagara.

Le 4 juillet, en milieu de journée, Brown envoie une brigade vers le nord. Cette dernière, dirigée par le brigadier-général Winfield Scott, longe la rivière et croise, quelques milles plus loin, des troupes d’infanterie, de cavalerie et d’artillerie, sous les ordres du lieutenant-colonel Thomas Pearson. Riall demande à Pearson d’établir le contact avec les Américains pour retarder leur avancée et ainsi donner le temps à ses hommes de se regrouper. Les efforts de Pearson portent leurs fruits, et la nuit tombe lorsque Scott arrive au sud de la rivière Chippawa, qui forme la ligne défensive britannique. Pearson traverse la rivière, puis le pont est partiellement détruit. Scott établit un camp et attend l’arrivée du reste de la division.

Les deux armées sont séparées par une grande plaine bordée d’une forêt à l’ouest et de la rivière Niagara à l’est. Scott établit un piquet avancé dans des bâtiments près du centre du champ, tandis que Riall demande à un groupe d’Autochtones d’observer et de harceler les Américains. Le 5 juillet, Riall part en reconnaissance et, voyant le camp de Scott, il conclut erronément qu’il fait face à la milice américaine. Riall, qui est à la tête d’une force composée de 2 000 soldats de l’armée régulière britannique, de miliciens canadiens et de guerriers des Premières Nations, est convaincu qu’il peut facilement défaire les quelque 2 000 Américains qui s’opposent à lui. Il se prépare alors à marcher sur la plaine.

La bataille de Chippawa

Entre-temps, Brown envoie 500 guerriers et miliciens de la Pennsylvanie pour déloger les tirailleurs de l’entrée de la forêt. Les Américains chassent les Britanniques vers le nord jusqu’à ce qu’ils se heurtent à l’infanterie légère et à la milice canadienne, sous les ordres de Pearson, qui repoussent les Américains vers le sud. Alors que le combat se poursuit dans la forêt, les hommes de Riall réparent le pont qui enjambe la rivière Chippawa et envahissent la plaine. Riall dispose sa brigade en lignes : le 1er Régiment de fantassins à droite, le 100e Régiment de fantassins à gauche et le 8e Régiment de fantassins à l’arrière et à droite. Il installe aussi trois canons de six livres sur le flanc droit du 1er Régiment de fantassins, ainsi que deux canons de 24 livres et un obusier de 5,5 pouces sur le chemin qui longe le rivage.

De son côté, Brown ordonne à la brigade de Scott d’avancer sur la plaine. Les hommes de Scott arrivent au moment où les hommes de Riall assument leur position. Comme les Américains demeurent disciplinés malgré les tirs d’artillerie, Riall se rend compte qu’il n’affronte pas la milice, mais des soldats réguliers bien entraînés. Scott place le 25e Régiment d’infanterie à gauche, le 11e Régiment d’infanterie au centre et combine les 9e et 22e Régiments d’infanterie à droite. Il installe également deux canons de six livres et un obusier de 5,5 pouces près de la route. Il est maintenant 16 heures 30, et chacune des parties dispose d’environ 2 000 hommes sur le terrain. Le plan de Riall consiste à avancer en ligne, à tirer une salve de projectiles, puis à charger; il estime que d’ici là, il sera parvenu à rompre les rangs américains.

À mesure que le 1er et le 100e Régiments de fantassins avancent, le champ s’élargit, et le 8e Régiment passe à l’action. Ce mouvement de troupes dissimule aussi la mise à feu des trois canons de six livres. Entre-temps, Scott augmente l’intervalle entre les unités, ce qui permet au 25e Régiment d’infanterie de pénétrer dans la forêt, de repousser les troupes de Pearson et de diriger leurs tirs sur le flanc du 8e Régiment de fantassins. Un canon britannique de 12 livres et l’obusier américain sont détruits alors que le duel d’artillerie se poursuit.

Victoire américaine

La bataille se résume désormais à une question de discipline et de puissance de feu. Pendant près de 30 minutes, les soldats des deux armées chargent, présentent et déchargent continuellement leur fusil. Le nombre de victimes augmente. Brown envoie un autre régiment dans la forêt pour déborder les Britanniques. Il apporte aussi plus de pièces d’artillerie. On place rapidement un canon de 12 livres et un canon de 6 livres, ainsi qu’un obusier de 5,5 pouces près du centre de la ligne américaine. Cette puissance de feu supplémentaire fait pencher la balance en faveur des Américains, et les Britanniques commencent à fléchir. Riall ordonne le repli. Les Britanniques s’en vont en bon ordre, traversent la rivière Chippawa et font tomber le pont. La bataille prend fin vers 18 heures 30.

Pour la première fois depuis le début de la guerre, les soldats de l’armée régulière américaine parviennent à battre une force britannique de même taille dans une bataille rangée. Les pertes britanniques s’élèvent à 148 morts, 321 blessés et 46 disparus. Pour les Américains, l’affrontement se solde par 58 morts, 241 blessés et 19 disparus. Il s’agit d’un événement capital; cependant, le plan de Brown est axé sur une avancée rapide vers l’extrémité nord de la péninsule pour rejoindre la marine. Disposant de peu de réserves, il doit absolument ménager les forces de sa division. Pour l’instant toutefois, les Américains sont satisfaits des résultats.

Auteur : John R. Grodzinski

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