Le traité Ashburton-Webster

Le traité Webster-Ashburton, signé le 9 août 1842, fut négocié par le secrétaire d'État américain Daniel Webster et le Britannique Alexander Baring, premier lord Ashburton. Le Traité de Gand avait certes mis fin à la Guerre de 1812 en décembre 1814, mais il n’avait pas résolu tous les problèmes que le conflit avait soulevés. Les questions de limites territoriales dont certaines attendaient d’être réglées depuis longtemps, bien avant l’éclatement de la guerre, nécessitaient encore quelques modifications. En 1842, la Grande-Bretagne et les États-Unis signèrent le traité Webster-Ashburton pour régler les différends frontaliers entre le Nouveau-Brunswick et le Maine dans la région des Grands Lacs.

Le traité de Paris (1783) avait vaguement défini les frontières du nord-est de ces États-Unis qui venaient à peine de voir le jour. Les ambigüités qu’il véhiculait avaient inévitablement entraîné des conflits. En 1816, les Américains entreprirent d’ériger des fortifications octogonales sur le lac Champlain pour empêcher les troupes britanniques du Canada de reproduire ce qu’elles avaient fait lors de la Bataille de Plattsburgh. À la suite d’une visite du président américain James Madison et après la réalisation d’un levé plus précis, il fut découvert que le fort avait été érigé, par erreur, en sol canadien et un kilomètre beaucoup trop au nord. Après vérification, les constructions cessèrent et l’emplacement fut abandonné, d’où le surnom dont on l’affubla, Fort Blunder (Fort bourde). Des différends semblables, portant eux aussi sur des limites territoriales, existaient dans l’Ouest, principalement autour du lac Supérieur et du lac des Bois.

En 1838, la tension quant à la frontière entre le Maine et le Nouveau-Brunswick était à son comble. Des conflits entre différentes ethnies, d’autres portant sur des intérêts commerciaux divergents et l’arrestation d’agitateurs étrangers qui se trouvaient sur les lieux mêmes en litige menèrent à une confrontation qui a depuis pris le nom de guerre d’Aroostook. Il n’y eut pas véritablement de guerre, il n’y eut pas non plus d’assaut, mais les deux parties préparèrent leurs troupes et provoquèrent d’autres tensions. Ces événements conjugués à d’autres obligèrent les Britanniques et les Américains à retourner à la table des négociations pour parler d’un traité qui établirait clairement et définitivement des limites territoriales communes, acceptées par les deux puissances, et qui éviterait un autre appel aux armes comme celui de 1812.

Daniel Webster et Alexander Baring, 1er baron d’Ashburn, se rencontrèrent en 1842. Le traité qui porte leur nom ne permit pas seulement de régler le conflit portant sur les frontières, mais mit également sur pied une série d’ententes sur les relations américano-britanniques. De façon bien plus importante, la question des frontières entre le Maine et le Nouveau-Brunswick fut finalement réglée : les États-Unis se voyaient attribuer environ 18 000 kilomètres carrés du territoire en litige et la Grande-Bretagne, 13 000 kilomètres carrés.

Les deux hommes abordèrent également les questions de criminalité. Les « arrestations » d’étrangers en sol américain ou britannique avaient été l’une des pierres d’achoppement de la guerre d’Aroostook. Webster et Ashburn élaborèrent des lignes directrices très claires quant à l’extradition des fugitifs des deux pays. Un traité à caractère plus officiel et portant sur ce différend sera d’ailleurs signé plus tard. Rattaché à la question des fugitifs, il y avait bien sûr le sujet de plus en plus controversé et qui prenait de l’ampleur, celui de l’esclavage. Les Américains acceptèrent que leurs bateaux jettent l’ancre au loin des côtes africaines dans un effort anglo-américain de supprimer la traite des esclaves.

Le traité Webster-Ashburton traduisait une amélioration des relations anglo-américaines depuis la fin des hostilités en 1814. Nombreux étaient ceux qui se souvenaient de l’amertume causée par la guerre de 1812 et il ne faisait aucun doute que les hostilités de la guerre d’Aroostook étaient susceptibles de plonger les deux pays une nouvelle fois dans une guerre impopulaire. Londres et Washington choisirent plutôt la voie diplomatique pour régler leurs différends et en général, y parvinrent avec succès. Les Autochtones qui vivaient dans la région en litige furent les oubliés de la signature du traité, ils devaient désormais chercher à savoir de quel côté de la frontière ils résidaient et accepter que leurs voix n’avaient pas été entendues au cours des négociations.

Malgré les concessions de vastes portions de territoire, le traité fut impopulaire aux États-Unis. Dans un effort pour rendre la transformation des frontières plus acceptable, Webster publia une carte que, selon ses dires, Benjamin Franklin avait tracée de la région au dix-huitième siècle. La carte présentait des frontières que Franklin jugeait acceptables et Webster fit remarquer que les démarcations notées sur la carte de Franklin correspondaient à celles qu’il avait négociées au nom des États-Unis. Cet appui posthume du traité par l’un des Pères fondateurs des États-Unis permit sa ratification au Sénat. D’aucuns persistèrent à dire que la carte était un faux.

Auteur : Jason Ridler

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