Armes et soldats dans la guerre de 1812

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Observation en coulisse du tournage du documentaire américain The War of 1812 pour PBS. Réalisé par WNED, ce film traite des aspects ayant motivé les Américains à entrer en guerre, ainsi que de l'importance moderne de la guerre de 1812 pour la Grande-Bretagne, le Canada et les États-Unis (avec l'aimable autorisation de WNED et de Mieke M. Zuiderweg).

Unités terrestres britanniques et canadiennes

Les forces terrestres britanniques qui ont défendu l’Amérique du Nord britannique durant la Guerre de 1812 étaient constituées d’hommes appartenant à diverses organisations. L’  « armée » britannique de l’époque comprend l’infanterie, la cavalerie, le Royal Waggon Train et les Royal Sappers and Miners. Le personnel de l’Artillerie royale et du Corps royal du génie est contrôlé par une autre organisation appelée le Conseil de l’Artillerie, qui est également responsable de tout le matériel militaire fourni à l’armée et à la Marine royale. Aux troupes affectées à l’Amérique du Nord s’ajoutent des unités provinciales recrutées localement, des miliciens en service long et des miliciens sédentaires. Plusieurs régiments suisses en service britannique et un régiment composé de prisonniers de guerre français servent également en Amérique du Nord.

La terminologie employée à l’intérieur des unités terrestres varie d’un corps d’armée à l’autre. L’infanterie est divisée en régiments, à la différence de ce qui se voit dans les armées européennes, et ne constitue pas une formation tactique, mais une organisation institutionnelle ou administrative qui incorpore tous les éléments du régiment. Chaque régiment compte un ou plusieurs bataillons, lesquels sont affectés individuellement à différents théâtres. Chaque bataillon compte à son tour dix compagnies d’environ 100 hommes chacune. Il faut souligner cependant que l’effectif des unités est rarement complet. Deux des compagnies ont des rôles particuliers. La compagnie des grenadiers, formée à l’origine pour l’usage des grenades, regroupe les soldats les plus expérimentés du bataillon, alors que la compagnie légère devance normalement le bataillon pour engager les premières escarmouches. Vu leur nature unique, ces deux compagnies sont souvent réquisitionnées par les hauts officiers pour d’autres tâches, ce qui laisse alors le bataillon avec huit compagnies de ligne. Chaque compagnie a à sa tête un capitaine assisté de lieutenants, d’enseignes et de militaires du rang.

Deux bataillons de Marines royaux servent également au Canada dès la fin de 1813. Ces bataillons sont constitués de personnel entraîné principalement pour travailler à bord des navires militaires, et chacun est accompagné d’une compagnie d’artillerie utilisant des fusées Congreve. Ces dernières, inventées par le Britannique sir William Congreve, consistent en un tube de fer chargé, selon sa taille, d’un boulet, de mitraille ou de balles de mousquet. Elles sont lancées à partir d’un cadre de bois, propulsées par de la poudre noire, et parcourent plus de trois kilomètres. La lueur rouge des explosions provoquées par les fusées Congreve inspire d’ailleurs un passage de l’hymne national américain : « And the rockets’ red glare, the bombs bursting in air ».

L’artillerie est quant à elle organisée par fonction. Il existe l’artillerie de campagne, l’artillerie de siège, l’artillerie de garnison et l’artillerie à cheval. L’artillerie de campagne, qui accompagne l’infanterie sur le terrain, se compose de bataillons numérotés comptant chacun jusqu’à dix compagnies. Le bataillon d’artillerie est une organisation administrative, et l’unité tactique de base est la compagnie, parfois appelée « brigade ». Les compagnies prennent le nom de leur commandant, habituellement un capitaine, qui se voit confier six canons, c’est-à-dire, normalement, deux obusiers et quatre pièces de six ou neuf livres, le poids mentionné ici étant celui du projectile sphérique pouvant être lancé par le canon. Dans la plupart des cas, la batterie compte 145 officiers et militaires du rang, quelque 100 canonniers-conducteurs (dont le rôle est de déplacer les canons), 200 chevaux et plusieurs chariots pour transporter les munitions, la poudre et les autres fournitures. L’artillerie à cheval n’est pas employée en Amérique du Nord, et les batteries de siège, qui utilisent des canons de gros calibre, ne sont pas formées.

La cavalerie, enfin, est divisée en régiments qui, en l’occurrence, sont des unités tactiques employées sur le terrain. Chaque régiment compte dix troupes, soit 900 hommes au total. Seulement deux régiments de cavalerie ont servi en Amérique du Nord.

Milice

Pour appuyer les réguliers britanniques, on crée des unités de milice de l’Amérique du nord britannique. Chaque province se charge de la formation, de l’équipement et de la solde de sa milice. Les Britanniques forment également plusieurs unités provinciales dans l’ensemble de l’Amérique du Nord britannique, notamment des unités de Fencibles comme les Glengarry Light Infantry Fencibles et les Fencibles canadiens, le Régiment royal du Nouveau-Brunswick, le Régiment royal de la Nouvelle-Écosse et le Régiment royal de Terre‑Neuve. Ces régiments sont constitués d’officiers et de sous-officiers britanniques, ainsi que de gradés et de soldats recrutés localement. Le Bas-Canada forme également de telles unités, les Voltigeurs canadiens, qui constituent l’un des meilleurs régiments provinciaux soulevés durant la guerre.

La milice fournit également des effectifs. Plusieurs régiments de « milice d’élite » sont formés dans le Bas-Canada en 1812 et 1813, tandis que des unités de milice d’élite et incorporée sont formées dans le Haut-Canada en 1813. La milice sédentaire, qui regroupe tous les hommes entre 16 et 60 ans, est également appelée en renfort lorsque le besoin se fait sentir.

Armement

Le mousqueton Brown Bess, dont l’adoption remonte au XVIIIe siècle, constitue l’arme à feu standard des forces britanniques, la variante la plus répandue en Amérique du Nord étant le « modèle indien – terrestre court ». Le Brown Bess est une arme à âme lisse pouvant tirer des balles de calibre .75 à près de 230 mètres, mais précis surtout entre 45 et 90 mètres. L’infanterie britannique emploie également des armes à feu rayées demeurant précises sur une plus longue distance, mais ces dernières arrivent en Amérique du Nord uniquement en 1814, et aucune ne servira dans les Canadas.

Les progrès dans le domaine de la métallurgie mènent à la création de l’artillerie de campagne au cours du XVIIe siècle. Dès lors, les canons sont à la fois suffisamment légers pour pouvoir être déplacés par uniquement deux ou quatre chevaux et suffisamment puissants pour appuyer l’infanterie. La pièce la plus utilisée en Amérique du Nord est le canon de six livres, en dépit du fait que des calibres supérieurs existent, notamment des pièces de 12 et de 18 livres. Ce canon, qui peut tirer des boulets de six livres (près de trois kilos) jusqu’à 1830 mètres, est servi par un détachement de trois hommes et appuyé par 5 à 12 autres hommes.

L’artillerie peut tirer des boulets pleins, soit des projectiles de forme sphérique en fer massif, ou des boîtes à balles de forme sphérique, baptisées plus tard Shrapnel, du nom de leur inventeur, Henry Shrapnel. Les shrapnels explosent au-dessus des soldats d’infanterie en projetant des morceaux de métal brûlant. Le dernier projectile, la boîte à mitraille, ressemble à une grande boîte de conserve remplie de petites balles de métal qui, une fois éjectées du canon, s’abattent sur l’ennemi telle une grêle meurtrière. On tire par ailleurs avec les obusiers des obus ordinaires, un autre type de projectile explosif. Les obusiers sont des pièces d’artillerie à tube court et à grand diamètre pouvant tirer des obus et d’autres projectiles sur des trajectoires plus élevées que les canons, qui possèdent un tube plus long.

Forces américaines

L’organisation et l’équipement des forces américaines sont en général très semblables à ceux des forces britanniques. On remarque cependant dans la doctrine et la structure des effectifs des Américains une influence marquée de l’armée française. En 1812, l’armée des États‑Unis est une organisation encore relativement jeune, ayant vu le jour uniquement en 1784. Jusqu’en 1811, on restructure et on étend lentement les unités et les corps de l’armée et, au début de 1812, on prend les premières mesures pour placer l’armée sur le pied de guerre. Contrairement à ce qui se fait chez les Britanniques, où l’on répartit le contrôle des corps d’armée et des services entre divers départements et ministères, dans l’armée américaine, toutes les unités d’infanterie, de carabiniers, d’artillerie et de cavalerie relèvent d’un même commandement.

Au début de 1812, l’infanterie passe de sept à 18 régiments; en 1814, ce nombre est de 48. Bien que plusieurs modifications soient apportées à l’organisation régimentaire durant la guerre, chaque régiment compte généralement dix compagnies de 100 hommes chacune. Les régiments à multiples bataillons que l’on observe dans l’armée britannique ne sont pas courants dans l’armée américaine.

Avant la guerre, l’infanterie possède en outre un régiment de carabiniers. En 1814, elle en a quatre. L’organisation de ces régiments est semblable à celle des régiments de ligne, excepté que leurs compagnies contiennent 80 hommes au lieu de 100. Leur rôle et leurs tactiques sont par ailleurs comparables à ceux de l’infanterie légère de l’armée britannique, et l’arme qu’on leur confie est la carabine Harper’s Ferry modèle 1803 de calibre .54.

L’artillerie est pour sa part divisée en trois régiments. Le deuxième et le troisième régiments comptent chacun deux bataillons de 10 compagnies. Le premier régiment devait quant à lui posséder cinq bataillons de quatre compagnies, mais cette structure ne s’est jamais concrétisée. En 1814, les trois régiments sont fusionnés en un seul et même corps d’artillerie comportant 12 bataillons qui regroupent chacun quatre compagnies de 120 hommes. On fournit normalement à chaque compagnie six canons dont un ou deux obusiers. En 1808, un régiment de 10 compagnies d’artillerie légère avait été créé. Or, durant la guerre, cette unité ainsi que les deuxième et troisième régiments sont fréquemment employés comme force d’infanterie.

La cavalerie, finalement, se compose de deux régiments de Light Dragoons comptant 700 hommes chacun, que l’on réunit pour former un seul régiment en 1814.

L’armée possède à West Point une école qui offre une solide formation à l’effectif de l’artillerie et du génie. Quatre-vingt-quinze diplômés serviront principalement dans ces deux corps d’armée durant la guerre de 1812.

Auteur : John R. Grodzinski

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