Campagne de l'Atlantique de la guerre de 1812

Les épisodes de la Guerre de 1812 qui se déroulent en haute mer se caractérisent par des activités propres aux puissances maritimes, comme des accrochages entre navires, des blocus navals, des raids côtiers, des opérations mixtes avec l’armée de terre et une guerre commerciale impliquant le recours aux corsaires et aux lettres de marque.

La guerre maritime se déroule en trois phases, chacune correspondant à une année civile. En 1812, les Américains prennent l’avantage en remportant plusieurs affrontements navire-navire spectaculaires. En 1813, la présence de la marine britannique en Amérique du Nord devient plus imposante avec l’envoi à Halifax de navires supplémentaires et de l’instauration d’un blocus des côtes américaines. En 1814, le front de l’Atlantique est dominé par la Marine royale britannique et le commerce américain a périclité et ne représente plus qu’une fraction de ce qu’il était avant la guerre.

Les puissances maritimes avant la guerre de 1812

La marine américaine prend forme en 1794 et elle est la mieux préparée des deux armées américaines au début des hostilités. En 1812, elle compte 7 200 matelots et marins, ses officiers sont des professionnels et elle peut compter sur des volontaires expérimentés. Beaucoup d’entre eux ont pris part à la quasi-guerre avec la France (1798-1800) et aux guerres de Barbarie en Afrique du Nord (1801-1805). Elle souffre par contre d’un financement inadéquat et d’une doctrine incertaine pendant les années de l’avant-guerre. Il y a peu de chantiers maritimes et, en 1812, la flotte océanique compte 13 vaisseaux, dont trois « super frégates », trois frégates ordinaires, cinq goélettes et deux bricks. La marine compte aussi 165 navires côtiers, dont 62 sont en service.

La Marine royale est quant à elle la plus grande puissance maritime de l’époque. En 1812, elle compte 145 000 hommes et 978 navires, dont environ 70 % sont en service. Malgré une victoire décisive à Trafalgar en 1805, la France continue de contester la domination de la Grande‑Bretagne sur les mers, ce qui oblige la Marine royale à rester dans les eaux européennes et l’empêche de venir en renfort dans l’Atlantique occidental. Le nombre de navires de ligne français passe de 34 en 1807 à 80 en 1813, et 35 autres sont en construction. Par comparaison, celui de la Marine royale diminue de 113 en 1807 à 98 en 1813. Ayant éparpillé ses forces et son expertise à la grandeur du globe, la Marine royale est contrainte d’envoyer en mer des équipages mal entraînés sur des navires mal construits. Compte tenu de ces difficultés, la Marine royale ne peut déployer toute sa force contre les États-Unis tant que la guerre n’est pas terminée en Europe.

La Marine royale maintient quand même deux escadrons dans les eaux nord-américaines, l’un (nommé « escadron nord-américain ») est basé à Halifax, l’autre est basé à Terre-Neuve. Les deux sont considérés comme des escadrons de réserve. En 1812, l’escadron nord-américain comprend 27 navires, dont un navire de ligne, huit frégates et sept goélettes.

Déjà avant que la guerre ne soit déclarée, les États-Unis déploient leurs navires de guerre dans l’Atlantique dans le but de protéger leurs navires marchands tout en cherchant à prendre les navires commerciaux britanniques et à affronter leurs navires de guerre. De 1812 à 1815, on compte 26 affrontements entre des navires individuels ou des groupes de vaisseaux des deux flottes. Bien que l’on fasse grand cas des succès des super frégates américaines contre les vaisseaux britanniques plus modestes et moins armés, au final les deux puissances maritimes ont remporté un nombre équivalent de victoires. Du côté britannique, les pertes représentent moins de 1 % de leur flotte, tandis que la marine américaine perd 20 % de ses navires de guerre.

Le blocus naval

Le blocus naval contre les États-Unis commence de façon informelle en 1812 et s’étend à un nombre croissant de ports au fur et à mesure du déroulement de la guerre. Alors que 20 navires sont en poste en 1812, on en compte 135 à la fin du conflit. En février 1813, le blocus couvre une superficie allant du Delaware à la baie de Chesapeake. La Nouvelle-Angleterre est épargnée car les Britanniques souhaitent y fomenter un sentiment anti-guerre, tout en profitant de la volonté des marchands de leur vendre des céréales et autres denrées pour nourrir leur armée dans la péninsule ibérique. En mars 1813, le blocus s’étend jusqu’à Savannah, Port Royal, Charleston et New York. À la mi-novembre, il s’élargit davantage et englobe toute la côte sud de la baie de Narrangansett. En mai 1814, après la reddition de Napoléon et la fin des problèmes de ravitaillement de l’armée de Wellington, la Nouvelle-Angleterre est elle aussi soumise au blocus.

Le blocus complique la sortie des navires de guerre américains, sans parler de son effet dévastateur sur l’économie du pays. De 1811 à 1814, la valeur des exportations et importations chute de 114 millions à 20 millions de dollars, alors que les tarifs douaniers imposés pour financer l’effort de guerre baissent de moitié et passent de 13 à 6 millions de dollars. Nombreux sont les navires marchands américains qui évitent de risquer une sortie. Du côté britannique, par contre, le commerce est florissant et la valeur des échanges passe de 91 millions de livres sterling en 1811 à 152 millions de livres sterling en 1814.

La Marine royale vient aussi perturber les communautés, les activités maritimes et le commerce américains en lançant des raids avec des marins de la métropole et des colonies, des troupes régulières et des troupes étrangères au service de la Grande-Bretagne. Des campagnes sont organisées dans la baie de Chesapeake de mars à septembre 1813 et d’avril à septembre 1814. L’amirauté n’est pas vraiment convaincue de l’utilité de ces attaques pour appuyer l’effort de guerre, et les attaques de 1814 sont élaborées dans le but de soutenir les offensives en provenance des Canadas. Les raids côtiers de 1814 donnent des résultats mitigés : Washington est occupée et ses édifices publics sont détruits, mais l’attaque contre Baltimore est un échec. Dans le golfe du Mexique, les attaques s’échelonnent de mai 1814 à février 1815 et comprennent notamment quatre raids contre la Nouvelle-Orléans et la prise du fort Bowyer. De juillet 1814 à avril 1815, la plus grande partie du Maine est occupée par les forces britanniques basées à Halifax.

La guerre de course

Enfin, la guerre de course vient s’inscrire dans les efforts de guerre visant à réduire les échanges commerciaux chez l’opposant par le biais de navires corsaires, soit des navires privés armés de canons et agissant à la solde d’un État pour attaquer et capturer les navires marchands de l’ennemi. D’abord considérée comme une activité douteuse, voireGuerre de course licencieuse, la Guerre de course devient une tactique de défense maritime respectable, légitime et efficace pendant la guerre de 1812 et les Guerre napoléoniennes. Cette activité a valeur d’entreprise commerciale où un capitaine dont les abordages sont fructueux peut vendre les navires qu’il a capturés pour ensuite en partager le produit avec son équipage. C’est une pratique différente de la « lettre de marque » qui permet aux marchands d’armer leurs navires à des fins d’autodéfense ou d’offensive afin d’éviter un éventuel abordage.

La guerre de course est déjà pratiquée par un certain nombre de protagonistes avant le début de la guerre de 1812. Du côté britannique, les captures sont attribuables à la Marine royale et à des corsaires de Grande-Bretagne, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse. En 1810, les Britanniques ont déjà saisi près de 1 000 navires américains, tandis que la France en a pris 500. Trois-cent autres passent aux mains des Danois, des Napolitains, des Espagnols et des Hollandais. Dans l’ensemble, au cours de la décennie de 1805 à 1815, la perte de 2 500 vaisseaux par les Américains est, toute proportion gardée, plus dommageable au commerce américain que ne l’est pour les Britanniques la perte de 10 000 navires marchands pendant la même période.  La Marine royale récupère au moins 750 navires, tandis que d’autres sont remis à des forces neutres ou perdus en mer.

Les convois obligatoires

L’instauration des convois obligatoires est l’un des moyens adoptés pour réduire les pertes. Les navires marchands qui naviguent dans ces convois sont plus difficiles à localiser et bénéficient de l’escorte des navires de guerre. En 1808, tous les navires qui quittent la Nouvelle-Écosse sont assujettis à la Compulsory Convoy Act, une loi qui rend obligatoire la navigation en convois et à laquelle on apporte des amendements en 1813 pour l’améliorer.

Les objectifs atteints

Il est difficile d’isoler le volet maritime de la guerre de 1812 du contexte élargi de la guerre qui sévit en Europe. La guerre en haute mer se joue dans un immense théâtre d’opération et met en lumière l’importance de la puissance maritime dans l’atteinte des objectifs de guerre. Malgré plusieurs défaites, la Marine royale domine en haute mer et navigue librement le long des côtes américaines pendant la majeure partie de la guerre. La marine américaine n’est cependant pas en reste avec ses corps d’officiers professionnels, ses excellents marins, sa doctrine agressive et ses navires bien conçus.

Auteur : John R. Grodzinski

Liens externes