Volontaires canadiens

Il y eut, pendant la Guerre de 1812 dans le Haut-Canada, un régiment, pas plus grand qu’une compagnie, composé d’un groupe d’Américains et de Canadiens qui s’étaient rangés du côté des Américains; ce régiment avait pris le nom de Canadian Volunteers. Leur chef, le très controversé Joseph Willcocks, traitre à la Grande-Bretagne, les dirigea au cours d’une série de violentes attaques où il finira par trouver la mort.

À la fin de la Guerre d’indépendance des États-Unis, la plupart des Américains loyalistes (ceux qui souhaitaient la victoire des Britanniques face aux rebelles) avaient fui les États-Unis et s’étaient installés en grands nombres dans le Haut-Canada grâce notamment à de généreux octrois de terre et autres formes d’aide qui avaient dérobé à la jeune nation américaine une bonne partie des membres de sa classe riche et instruite. Ces Américains furent rejoints par de nombreux autres qui cherchaient simplement une vie meilleure en Amérique du Nord britannique, mais qui n’éprouvaient aucun attachement envers le roi ou le territoire. Aux yeux de nombreux membres du gouvernement et des cercles militaires, les nouveaux venus américains constituaient à la fois une possible menace et un atout. Au début de la guerre de 1812, des hommes comme Sir Isaac Brock se demandaient si ces nouveaux venus allaient se transformer en indicateurs ou peut-être en saboteurs à la solde de Washington dans le cas où la guerre entre la Grande-Bretagne et les États-Unis éclaterait en Amérique du Nord. Une fois les hostilités déclenchées, quelques hommes pro-américains du Haut-Canada appuyèrent l’invasion du général Hull, mais les premières victoires de Brock renforcèrent le soutien de la population aux Britanniques.

Joseph Willcoks et les volontaires canadiens

L’un des ennemis de Brock, qui tentait de freiner les nombreuses tentatives de l’administrateur à préparer une guerre éventuelle contre les États-Unis, n’était nul autre que Joseph Willcoks. Né en Irlande, Willcocks était un jeune homme ambitieux et ombrageux qui souhaitait se faire un nom dans divers domaines, avec, de préférence, l’aide de quelques mécènes politiques. Ancien fonctionnaire et imprimeur respecté, Willcocks s’était tourné vers la politique et avait été élu à l’Assemblée législative du Haut-Canada. Il s’était cependant compromis dans des actes louches, ce qui lui avait valu de se retrouver en prison et d’avoir une mauvaise réputation. Il réussit toutefois à se faire réélire, mais il s’était attiré l’hostilité de Brock.

Willcocks avait, pour commencer, servi Brock dans le cadre de sa mission visant à s’assurer de la loyauté des Six-Nations et à obtenir d’elles qu’elles se battent aux côtés des Britanniques. Willcocks n’était pas un lâche, il s’était battu dans les rangs des Premières Nations pendant la reprise de la Batterie Redan. Brock mourut en 1813 et une loi martiale plus stricte entra en vigueur au Canada. Willcoks s’éleva contre ces décisions qu’il jugeait antidémocratiques et devint, peu à peu, de plus en plus amer quant à l’effort de guerre britannique. En juillet 1813, il commit des actes de trahison quand il offrit ses services aux États-Unis alors qu’il était membre actif d’une instance dirigeante du Haut-Canada. Ayant atteint le grade de major dans l’armée américaine, il forma les Canadian Volunteers composés principalement de nouveaux immigrants aux États-Unis.

L’impact des volontaires sur la guerre de 1812

Joseph Willcoks et ses Canadian Volunteers se firent surtout remarquer par l’insistance qu’ils mirent à vouloir attaquer et, plus tard, à incendier Newark (Niagara-on-the-Lake) le 10 décembre 1813 dans le but d’empêcher les Britanniques de conserver des territoires importants. Lorsque les Volunteers eurent fini leur saccage, seuls trois édifices se tenaient debout parmi les décombres. Un témoin américain de ces actes incendiaires écrivit que Willcocks avait « conduit des bandits dans toute la ville, en cette nuit fatidique…, accolant à quiconque désapprouvait ces actes flagrants de barbarie l’épithète de tory. » Ces actes de terreur psychologique eurent l’effet contraire à celui escompté par Willcoks. Au lendemain de l’incendie de Newark, les Canadiens, initialement apathiques, déployèrent une très grande détermination et appuyèrent en masse l’effort de guerre britannique, notamment en se joignant à l’attaque de représailles lancée sur Fort Niagara et aux attaques visant à réduire en cendres le territoire américain s’étendant entre le lac Ontario et le lac Érié.

Willcoks et d’autres hommes furent accusés de trahison. Joseph Willcoks ne subit cependant pas le sort de ses huit compères qui furent exécutés pour avoir trahi la Grande-Bretagne dans la foulée des Assises sanglantes d’Ancaster en 1814. Les Canadian Volunteers dont le nombre de membres ne dépassa jamais le nombre d’enrôlés dans une compagnie, s’étaient battus à Chippawa et à Lundy’s Lane. Willcocks connut une fin brutale alors qu’il dirigeait une attaque contre le Siège de Fort Érié en septembre 1814. Après la signature du Traité de Gand qui marquait la fin de la guerre, les Canadian Volunteers furent obligés de repartir à zéro aux États-Unis puisque ni Washington ni Londres n’avaient réussi à obtenir des territoires à offrir à leurs troupes. Les Volunteers se virent offrir des terres et des indemnisations par leur nouveau pays. Ils ne pouvaient plus retourner dans leur ancien pays puisqu’ils avaient été condamnés à mort par contumace.

Auteur : Jason Ridler

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