La guerre de course pendant la guerre de 1812

La guerre de course renvoie à l'autorisation accordée par un gouvernement aux navires qui appartiennent à des particuliers de faire la guerre. Au Canada d'aujourd'hui, la guerre de course remonte à l'attaque de Samuel Argall contre Port-Royal, en Acadie, en 1613. De 1756 à 1815, les corsaires britanniques partent de Halifax, Liverpool et d'autres ports de l'Atlantique et se déplacent le long des côtes, allant même jusqu'à s'approcher des côtes du Venezuela. Les Guerres Napoléoniennes offrirent de très nombreuses occasions aux corsaires de s'enrichir, tout comme le fit la Guerre de  1812.

Une guerre de course commençait par une transaction commerciale, quand des marchands décidaient d'investir dans un capital de risque. Il arrivait que de temps à autre un navire soit construit spécifiquement pour prendre part à une guerre de course, mais la plupart du temps, un navire marchand se transformait en navire corsaire. Un corsaire recevait une lettre de marque du gouverneur et dotait le navire d'armes en conséquence. Les corsaires s'engageaient à bord d'un navire dans l'espoir d'obtenir une partie du butin. Un navire fait prisonnier et les marchandises qui se trouvaient à son bord étaient envoyés devant la Cour de la Vice-Amirauté à Halifax et si la cour jugeait que le navire avait été saisi légalement, elle le vendait aux enchères publiques. Certains hommes d'affaires, notamment Enos Collins, s'enrichirent grâce à la guerre de course.

La guerre de 1812 fut la dernière grande guerre au cours de laquelle des navires privés armés jouèrent un rôle important. Contrairement aux officiers de la marine, les corsaires cherchaient à s'emparer de butins, à faire des profits et presque toujours, prenaient la poudre d'escampette dès que des combats navals faisaient rage. Les avantages que possédait un navire corsaire par rapport à un navire marchand ne se résumaient pas seulement à l'armement dont il disposait, mais à son équipage (qui pouvait compter jusqu'à 50 hommes) qui était conséquent. Un navire marchand ne comptait en effet que trois ou quatre hommes.

Les corsaires américains durant la guerre de 1812

Pendant la guerre de 1812, les Américains furent les premiers à armer des navires de corsaire. Les premiers navires étaient petits et, bien souvent, ne comptaient à leur bord qu'un seul canon. À mesure que la guerre se prolongeait, la main d'œuvre et l'armement de ces navires corsaires augmentèrent. Le navire corsaire América qui avait pris la mer à Salem, Massachusetts, avait à son bord vingt canons et selon les témoignages de l'époque, avait capturé 26 bateaux. Connus pour leur vitesse, les navires corsaires américains faisaient l'envie des Britanniques. Il arrivait qu'un navire corsaire choisisse de se battre plutôt que de fuir. Le Decatur, doté de sept canons, prit la mer à Charleston, s'engagea dans une bataille féroce avec un navire de guerre britannique et fit de nombreuses victimes.

Le bilan des attaques de navires britanniques par des corsaires américains fut très lourd pendant la guerre de 1812. Les corsaires saisissaient des navires anglais et les faisaient sombrer dans la mer d'Irlande et autres sanctuaires britanniques traditionnels. En 1814, les compagnies d'assurance britannique n'hésitaient plus à facturer un taux de 13 % sur les navires de marchandises qui devaient passer entre l'Angleterre et l'Irlande. Selon le Navy Chronicle, « ce taux était trois fois supérieur au taux imposé aux marchands quand nous étions en guerre avec toute l'Europe. »

Les corsaires canadiens et britanniques durant la guerre de 1812

Il y a moins d'information sur les corsaires "canadiens" (de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick) pendant la guerre de 1812, mais tout au long des guerres napoléoniennes, le gouvernement britannique émit quelque 4000 autorisations d'affréter des navires corsaires. Les corsaires canadiens préféraient se fier à de petits vaisseaux, légèrement armés et ne naviguaient que dans des eaux voisines. Halifax se mit bien vite à pulluler de navires se préparant soit à partir en chasse, soit protégeant leurs prises. Parmi les 40 navires corsaires ayant connu le plus de succès, il y eut le Sir John Sherbrooke, le Retaliation et le Liverpool Packet. La goélette Liverpool Packet fut le navire corsaire qui s'enrichit le plus au cours de la guerre de 1812 puisqu'il s'empara de 50 bateaux marchands dont la valeur allait de 264 000 à 1 000 000 $. Ancien négrier saisi par la Marine royale, ce navire corsaire comptait un équipage de 40 hommes et disposait de 5 canons. Ses propriétaires avaient acheté la goélette pour la somme de 420 £.

Le plus grand navire corsaire britannique, le plus rapide, le Sir John Sherbrooke, ne prit la mer qu'un an durant, au cours duquel il saisit 18 bateaux marchands. Quand le HMS Shannon attaqua et battit l'USS Chesapeake, ce fut le Sir John Sherbrooke qui vint apporter au navire britannique les renforts dont il avait tant besoin.

Les navires corsaires de la Nouvelle-Écosse jouèrent un grand rôle dans la fermeture des ports pendant la guerre de 1812. Ils faisaient office de précieuse source de renseignement pour la Marine royale, ils l'informaient de la force et des déplacements des navires américains. Il n'y eut que 15 navires privés ayant reçu l'autorisation de prendre part à la guerre de course, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse, à ne pas se saisir de bateaux marchands et 10 navires corsaires à ne faire qu'une seule prise, tous les autres navires corsaires enrichirent leurs propriétaires.

Les navires corsaires étaient également à l'œuvre sur les Grands Lacs. En juillet 1813, deux petits sloops américains, le Neptune et le Fox prirent au piège une flottille de bateaux sur le Saint-Laurent et s'emparèrent du précieux butin : viande, pain et munitions.

Le traité de Gand mit fin à la guerre de course à partir des ports canadiens en 1815, mais cette guerre ne prendra véritablement fin qu'en 1856, avec la signature de la convention internationale, la Déclaration de Paris.

Auteur : James Marsh

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