Byfield, Shadrach

Shadrach Byfield, soldat et auteur (né à Woolley, dans le Wiltshire en Angleterre le 16 septembre 1789; mort vers 1850). Pendant la Guerre de 1812 , Shadrach Byfield n’est pas un grand commandant, mais un robuste fantassin, auteur de l’un des rares récits de la guerre présenté du point de vue du soldat. Son récit, intitulé A Narrative of a Light Company Soldier’s Service in the Forty-First Regiment of Foot (1807-1814), a été publié en 1840.

Byfield exerce d’abord le métier de tisserand, mais en 1807, au grand désespoir de ses parents, il s’engage dans l’armée britannique; tragiquement, sa mère décède trois jours plus tard. Au Canada, il se joint au 41e Régiment d’infanterie. Lorsque la guerre éclate en 1812, Byfield s’avère être un solide soldat qui sert pendant deux ans et qui survit à de nombreuses batailles et campagnes. Son dossier d’ancien combattant témoigne de ses capacités et de la chance qu’il a d’échapper à la mort dans les combats des batailles de Détroit , Frenchtown , Fort Stephenson, Moraviantown, Fort Niagara, et la plus sanglante de toutes, Lundy’s Lane.

Byfield blessé

Après avoir survécu à de nombreuses mitrailles, la chance de Byfield finit par tourner en août 1814 lors de l’attaque britannique sur Black Rock. Il est en effet mis hors de combat quand un boulet de canon le touche au bras. Le chirurgien l’informe qu’il doit lui amputer le bras à hauteur du coude. Selon son propre récit, il refuse tout ce qui pourrait atténuer le choc ou la douleur de l’opération. Ni bandeau sur les yeux, ni personne pour le tenir immobile : la chirurgie de campagne dans ce qu’elle a de plus cru et de plus saignant.

Il survit à l’amputation mais, selon ses mémoires, il devient furieux en apprenant que son bras a été jeté sur un tas de fumier. Avec le poing qu’il lui reste, il terrasse le planton qui a jeté son bras, récupère celui-ci sur le tas de fumier et l’enterre en bonne et due forme. À l’époque, il n’est pas rare d’assister à de tels enterrements sur le champ de bataille. Quelque 50 ans plus tard, le général américain Thomas Jonathan « Stonewall » Jackson procède au même rituel.

Estropié, Byfield ne peut plus servir comme soldat. Il quitte l’Amérique du Nord et rentre en Angleterre, mais son handicap l’empêche aussi de reprendre son métier de tisserand. Vivotant de sa pension de l’armée, Byfield bricole avec des outils pour compenser son bras manquant et trouve du travail dans l’industrie textile pendant le boom économique de la révolution industrielle.

Souvenirs de guerre

Ses souvenirs de guerre demeurent vifs et il publie ses mémoires en 1840, l’un des rares récits de la guerre présenté du point de vue du soldat. Il y relate les batailles avec un certain talent en brossant un portrait édifiant des personnalités engagées, allant du général Isaac Brock aux alliés des Premières Nations, et aussi un tableau sans fard des horreurs de la guerre. Après la prise du fort Détroit au mois d’août 1812, bataille au cours de laquelle l’artillerie britannique fut très efficace et où Brock réussit à faire croire aux Américains que son armée était plus grande qu’elle ne l’était réellement, Byfield et ses camarades sont envoyés en éclaireurs pour débusquer d’éventuels résistants américains. Byfield prend note du nombre de morts, rassemble les traînards et vient bien près de tomber à la renverse. L’un de ses camarades dit alors : « Mon ami, tu viens de glisser sur la cervelle d’un homme tué par une de nos balles. » Telles sont les horreurs de la guerre.

Les mémoires de Byfield demeurent néanmoins controversées. Certains doutent qu’il en soit l’auteur, notamment parce que Byfield était peu instruit, voire illettré, et bien sûr, du fait qu’il n’eût qu’une main pour écrire. Il a fort vraisemblablement raconté son histoire à un écrivain qui l’a couchée sur papier. Comme la plupart des données relatées semblent exactes, le récit de Byfield demeure l’un des documents importants sur l’histoire de cette guerre. La date précise de sa mort demeure inconnue, mais le recensement de Woolley de 1851 désigne sa femme, Sarah, comme veuve et indigente.

Auteur : Jason Ridler

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