Dunlop, William “Tiger”

William « Tiger » Dunlop, chirurgien d’armée, soldat, politicien, auteur (né à Greenock, en Écosse, le 19 novembre 1792; mort à Côte-Saint-Paul, le 29 juin 1848). Sans contredit l’un des personnages les plus colorés de la Guerre de 1812, William « Tiger » Dunlop a été chirurgien d’armée, rôle dans lequel il a acquis la réputation d’infatigable professionnel de la santé. Bien que la plupart des gens l’appelaient simplement « docteur », on lui reconnaît le surnom de « Tiger » – le tigre – qu’il conservait apparemment de son service en Inde.

Dunlop arrive en 1813 dans le Haut-Canada, où il servira comme assistant chirurgien dans le 89e Régiment de fantassins. Parti de Montréal, il rencontre en route la milice sédentaire des Canadiens français, dont les membres l’impressionnent par leur discipline et leur physique imposant. Dunlop s’imagine mal alors comment quelque force régulière que ce soit pourrait rivaliser avec ces braves Canadiens.

Batailles de la guerre de 1812

Dunlop et le 89e voient bientôt leurs capacités mises à rude épreuve d’abord durant la Bataille de Crysler Farm,  puis durant l’épisode le plus sanglant de la guerre, la Bataille de Lundy’s Lane. Comme la plupart des chirurgiens, Dunlop ne dispose que de piètres instruments pour traiter les blessures subies sur le champ de bataille. Sa trousse contient une scie à amputation, un couteau, un scalpel, des forceps et un garrot. Avant la fin de la guerre, Dunlop voit sa trousse prendre la couleur rouge de la tunique des hommes qu’il soigne, et il se désintéresse de la guerre. Jusqu’à sa mort cependant, il gardera à l’égard de la vie, de ses paradoxes et de ses misères un sens de l’humour charmant et parfois désinvolte qui transparaîtra dans ses souvenirs de la guerre.

Le travail du médecin durant la guerre de 1812

Après la bataille de Crysler’s Farm, le 11 novembre 1813, Dunlop assume la responsabilité des soins de santé prodigués à Prescott, en Ontario. C’est là que, trois semaines après les hostilités, on transfère les blessés en mesure de faire le voyage et nécessitant des soins intensifs. Dunlop doit y protéger les prisonniers américains contre les immigrants allemands et hollandais fraîchement installés dans la région et qui en veulent aux Américains de les avoir persécutés par suite de leur appui à la Couronne durant la révolution américaine. Par ailleurs, dans le but de réduire les risques de fièvre et d’augmenter les chances de survie des blessés, Dunlop leur impose un régime strict constitué de deux repas de « porridge au lait » ou de « gruau de riz » en plus d’un bouillon de viande le midi.

Les civils quant à eux trouvent ce régime barbare et digne d’une prison, et Dunlop doit les empêcher de gaver ses patients d’autres aliments. Ces difficultés ne sont rien toutefois comparativement au choc provoqué par le carnage de la bataille de Lundy’s Lane, le 25 juillet 1814. Au terme de cet affrontement, comme il est le seul chirurgien sur les lieux, Dunlop a la tâche colossale de soigner plus de 220 belligérants des deux camps. Il affirmera plus tard au sujet de cette bataille avoir travaillé deux journées entières, s’interrompant uniquement pour manger et changer de vêtements. Il racontera de plus l’histoire de la femme d’un soldat américain venue prendre soin de son mari, comme cela se faisait couramment. Devant les souffrances atroces de son mari, la femme aurait mis au défi les chefs d’État britanniques et américains de prendre conscience des conséquences de leur guerre. Dunlop demeure marqué par ce genre d’histoires longtemps après le retour de la paix.

Les Rébellions de 1837

Après la guerre, Dunlop retourne momentanément en Angleterre pour y travailler comme journaliste, puis revient au Canada, où il devient soldat et politicien. Malheureusement, de son règne à la tête du Régiment huron, durant les rébellions de 1837, on retient essentiellement l’indiscipline de ses troupes, qui leur vaut le surnom de « Bloody Useless Regiment » – le foutu régiment inutile.  Dunlop travaille par la suite pour la Canada Company avant d’être élu dans le comté de Huron du Haut-Canada. Il meurt en 1848. Son ouvrage « Recollections of the American War, 1812-14 » constitue l’un des récits les plus imagés de la guerre de 1812.

Auteur : Jason Ridler

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