Ducharme, Dominique

Dominique Ducharme, soldat, commerçant de fourrures et titulaire de charge (né François Dominique Ducharme à Lachine, Québec, le 15 mai 1765; mort au Lac‑des‑Deux‑Montagnes, Québec, le 3 août 1853). Aventurier commerçant de fourrure et soldat, Dominique Ducharme se distingue pendant la Guerre de 1812 à la Bataille de Beaver Dams, où il fait la rencontre de Laura Secord,  ainsi qu’à la Bataille de la Châteauguay.  La réputation de Ducharme parmi les Autochtones alliés des Britanniques lui permet de les diriger très efficacement dans la guerre de guérilla contre les Américains. Mais ce soldat peu orthodoxe à l’esprit indépendant est plutôt réfractaire à la rude discipline de l’armée et finit par entrer en conflit avec ses officiers supérieurs, notamment avec le lieutenant‑colonel Charles-Michel d'Irumberry de Salaberry, commandant des Voltigeurs.

La traite des fourrures

Ducharme est le descendant d’une famille de pionniers de la Nouvelle-France du XVIe siècle qui s’était installée à Lachine pour y faire commerce de la fourrure, commerce dont Lachine est alors la plaque tournante. Homme instruit mais au tempérament fougueux, Ducharme aime l’aventure que lui permet de vivre l’entreprise familiale et se taille rapidement une réputation parmi les commerçants locaux en apprenant à maîtriser plusieurs dialectes autochtones. Homme d’affaires perspicace et rusé, il acquiert de nombreuses propriétés dans la région et installe éventuellement sa famille à Montréal.

Les batailles de la guerre de 1812

Au déclenchement des hostilités à l’été 1812, Ducharme est nommé lieutenant du bataillon de milice de Pointe-Claire. En mai 1813, il est promu au grade de capitaine au service du département des Affaires indiennes et dépêché à la frontière du Niagara à la tête d’un détachement de guerriers des Six Nations de Lac-des-Deux-Montagnes et de Saint-Régis. Après que Laura Secord eut prévenu le lieutenant James FitzGibbon que les Américains préparaient une attaque-surprise à Beaver Dams, Ducharme et ses guerriers autochtones partent en reconnaissance et confirment les dires de Laura Secord. Les Américains sont plus nombreux, mais Ducharme et ses 300 guerriers joignent les 100 Autochtones commandés par le capitaine William Johnson Kerr et lancent une attaque de guérilla contre les Américains à partir d’un bois situé à l’arrière de leur position. Après trois heures terrifiantes ponctuées des tirs d’un ennemi invisible et des cris de guerre, les Américains se rendent à FitzGibbon. On ne s’entend toujours pas à savoir qui mérite le crédit de cette victoire à Beaver Dams, mais il revient certainement en grande partie à Ducharme et à ses guerriers.

Ducharme revient promptement au Bas-Canada et est placé sous le commandement du lieutenant-colonel Michel d'Irumberry de Salaberry pour prendre part, en octobre 1813, à la bataille de la Châteauguay qui s’inscrit dans les efforts des Américains pour bloquer le Saint-Laurent et isoler Montréal pour s’assurer d’une victoire décisive. Sa conduite lors de la bataille vaut à Ducharme une médaille avec agrafe. Mais l’attitude de son commandant à son endroit est à la limite du mépris. Après la bataille, lui et ses hommes reçoivent l’ordre de pourchasser les déserteurs des unités de milice de Salaberry. Capturés et ramenés pour faire face à la justice, les déserteurs passent en conseil de guerre et sont condamnés au peloton d’exécution sur l’ordre du lieutenant-colonel. Salaberry est reconnu pour imposer une discipline de fer, mais l’idée d’exécuter des soldats amateurs et des pères de famille dont la communauté a besoin a tôt fait d’ulcérer Ducharme qui, selon un journaliste de l’époque, n’a jamais pardonné ce geste barbare à Salaberry.

Les Rébellions de 1837

Après la guerre, Ducharme mène une vie active en qualité d’interprète et d’agent pour le département des Affaires indiennes et veille au maintien de l’harmonie dans la communauté pendant la période de tension politique des Rébellions de 1837. Lors de l’inspection de la milice après une révolte avortée, on l’accuse d’avoir été déloyal envers ses compatriotes canadiens-français. Ducharme, alors âgé de 72 ans, provoque son accusateur en duel, mais ce dernier ne relève pas le défi. Ducharme, l’ardent guérillero et moraliste querelleur, s’éteint en 1853.

Auteur : Jason Ridler

Voir aussi : Les Premières Nations dans la guerre de 1812