Sheaffe, Roger Hale

Sir Roger Hale Sheaffe, officier de l'armée et administrateur colonial (né à Boston, Mass., le 15 juillet 1763; mort à Édimbourg, Écosse, le 17 juillet 1851). Roger Sheaffe grandit pendant la guerre d'indépendance des États-Unis, à Boston, ville explosive en ce temps-là. Le duc de Northumberland qui avait installé son quartier général dans la pension tenue par la mère de Sheaffe, devenue veuve, le prit sous son aile et l'envoya suivre une formation dans une école militaire en Angleterre. Là, Sheaffe rencontra celui qui allait devenir le gouverneur de l'Amérique du Nord britannique, George Prevost. Le duc acquit également la majorité des brevets de Sheaffe - pratique fort courante à cette époque - et commença par lui acheter, en 1778, celui de porte-étendard dans le 5e régiment d'infanterie.

Sheaffe fut stationné au Canada en 1787 et peu de temps avant que n'aient lieu les derniers travaux qui allaient aboutir à la signature du Traité de Jay en 1794, il fut envoyé comme émissaire par le lieutenant-général John Graves Simcoe à Sodus, village autochtone situé sur la rive sud du lac Ontario. Sheaffe protesta énergiquement contre la saisie des terres appartenant aux Premières Nations par l'agent de colonisation Charles Williamson, ce qui lui valut les louanges de Simcoe et les galons de capitaine en 1795. Quand son régiment retourna en Angleterre, Sheaffe acheta un grade de major dans le 81e régiment d'infanterie en 1797 et devint, plus tard, lieutenant-colonel - alors qu'il n'avait pas beaucoup d'ancienneté - du 49e régiment d'infanterie, sous le commandement d'Isaac Brock. Lorsque Brock le laissa à la tête du régiment, Sheaffe devint bien vite impopulaire auprès des soldats.

Après avoir participé à la campagne de la Baltique en 1801, Brock et Sheaffe reçurent l'ordre de retourner au Canada. Ils y arrivèrent en 1802, avec le 49e régiment d'infanterie. Brock installa son quartier général à York lors que Sheaffe s'installa à Fort George avec une aile du régiment. Les aptitudes militaires de Sheaffe furent bientôt remises en question et Brock dut étouffer une mutinerie au Fort George et empêcher que les soldats ne désertent tous en même temps. Si la proximité de la frontière américaine expliquait cette tentative de désertion selon Brock, il n'en restait pas moins que le comportement radical de Sheaffe qui surmenait ses hommes et qui les punissait durement pour des fautes sans gravité était à l'origine de la mauvaise conduite des soldats. Il apparut également qu'une grande partie de l'hostilité des hommes s'expliquait par les origines américaines de Sheaffe.

Quand éclata la Guerre de 1812, Sheaffe était major-général dans l'armée de Brock. Après le départ de Brock, parti repousser l'invasion américaine à Detroit, Sheaffe revint à Fort George pour prendre le commandement des troupes stationnées à la frontière du Niagara, l'un des principaux fronts de cette guerre. Sheaffe prit part aux intrigues militaires et diplomatiques qui eurent lieu pendant le très bref armistice et Prevost le réprimanda en privé. Sheaffe remit le commandement de Fort George à Brock et les deux hommes s'efforcèrent d'améliorer les défenses à la frontière, pressentant, avec raison, que la trêve ne durerait pas longtemps.

Quand les Américains attaquèrent à Queenston Heights, Brock quitta précipitamment Fort George et fut tué pendant la bataille; Sheaffe prit la relève. Il entreprit de déplacer ses hommes sur le flanc, ce qui était très risqué, et se joignit aux Autochtones qui étaient sous le commandement du capitaine Richard Bullock. Ils attaquèrent le flanc américain sur un terrain élevé. Les Américains furent mis en déroute, mille d'entre eux furent faits prisonniers alors que les pertes britanniques ou autochtones furent minimes. Le comportement calme, déterminé et résolu de Sheaffe lui valut des éloges, mais sa décision de prolonger la trêve pour permettre un échange de prisonniers alors qu'il aurait pu tenter de reprendre le Fort Niagara, ternit quelque peu ces louanges.

Sheaffe était désormais commandant militaire du Haut-Canada et administrateur du gouvernement provincial. Il dut alors faire face à de nombreux problèmes, notamment l'influence étrangère (américaine), l'impopularité de la guerre, la faiblesse de la milice et l'incessant problème de l'approvisionnement et de l'organisation matérielle. La maladie et les difficultés qu'il éprouva à faire front à la fois à ses devoirs d'administrateur et de commandant militaire ne laissèrent aucun répit à Sheaffe qui trouva tout de même l'énergie nécessaire pour lancer des réformes visant les troupes terrestres et navales. Il mit sur pied notamment des unités de combat qui ressemblaient aux célèbres Butler's Rangers qui avaient servi pendant la révolution américaine et il apporta d'importantes modifications aux lois de la milice.

Le 26 avril 1813, les Américains attaquèrent York. Sheaffe rassembla ses troupes, soit 700 réguliers et miliciens et 100 soldats autochtones. Les Américains comptaient 1700 soldats. Sheaffe avait toujours adopté la stratégie de guerre de Prevost, tant sur le plan financier que sur le plan défensif, mais à York, cette stratégie lui porta un coup fatal. Après un court engagement et sans autre véritable issue que la mort sur le champ de bataille, Sheaffe regroupa ses troupes à Kingston, laissant à la milice locale le soin de négocier les conditions de paix avec les Américains. La population locale qui comptait des personnages influents ne vit en Sheaffe qu'un lâche qui avait abandonné la capitale provinciale pour sauver sa peau. Sheaffe se vit retirer les commandements militaire et administratif et fut envoyé commander les troupes de Montréal. Jusqu'à la fin de la guerre, plus aucun commandement important ne lui sera confié. Il fut bien vite rappelé en Grande-Bretagne où il vécut jusqu'à sa mort.

Alors que la bataille de Queenston Heights évoque l'audace et la mort de Brock, les échecs ultérieurs de Sheaffe planeront toujours sur sa victoire contre les Américains pendant cette même bataille.

Auteur :  Jason Ridler

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