Fort Amherstburg

Le fort Amherstburg (aujourd’hui fort Malden), qui joue un rôle clé dans le contrôle du théâtre ouest de la Guerre de 1812, doit son existence aux frontières changeantes résultant des conflits diplomatiques et militaires entre Américains et Britanniques sur le lac Supérieur. Avant 1796, Détroit constitue le principal avant-poste des Britanniques à l’extrémité ouest des Grands Lacs, une région dynamique sur le plan économique. En effet, le Commerce de la fourrure fait de la région un important centre d’activités tant pour les Américains que les Britanniques. Mais, en 1794, les autorités britanniques et américaines signent le Traité de Jay, et Détroit est rendue aux Américains.

Pour remédier à la situation, les Britanniques commencent la construction d’un nouveau fort dans le but de protéger leurs intérêts. En 1788, ils effectuent un levé terrestre à l’endroit où la rivière Détroit se jette dans le lac Érié. La position stratégique de ce nouveau fort leur permet de contrôler les deux canaux, et celui-ci est facilement converti en quai de commerce. Comme il existe peu de routes terrestres au nord du lac, les voies navigables des Grands Lacs jouent un rôle essentiel dans l’acheminement du matériel et de l’information. En bref, elles constituent la principale artère de la région en ce qui a trait à la logistique et à la transmission de données.

Les Royal Engineers entreprennent la construction du fort en 1796 et, en 1804, la plupart des bâtiments et des fortifications clés sont en place. Chacun des bastions en forme de losange est équipé de quatre canons. Le périmètre du fort est de 900 mètres. La porte principale est protégée par d’autres ouvrages défensifs, dont un remblai, appelé ravelin, qui sert de bouclier. Celui-ci est protégé par quatre canons. Un fossé sec est creusé autour de la structure pour empêcher les envahisseurs de pénétrer dans le fort.

Le fort Amherstburg est multifonctionnel : il accueille une garnison, joue un rôle dans l’économie de la région en tant que port commercial sur les Grands Lacs et constitue le centre administratif du département des Affaires indiennes, qui s’occupe des questions liées aux Premières Nations et de la protection des intérêts britanniques. Le chantier naval d’Amherstburg, dirigé par la Marine provinciale, y est aussi aménagé. Divers navires y sont construits, dont le brick General Hunter, la goélette Lady Prevost, ainsi que les navires Detroit et Queen Charlotte.

C’est au fort Amherstburg que les Britanniques remportent leur première victoire importante pendant la guerre de 1812. Le 2 juillet 1812, le navire américain Cuyahoga, avec à son bord une partie de la North West Army du général William Hull et quantité de fournitures, s’approche du fort sans savoir que la guerre a été déclarée. Le lieutenant-colonel St‑George, qui commande le fort, ordonne aux soldats de la Marine provinciale ainsi qu’aux guerriers des Premières Nations, sous les ordres du lieutenant Frederick Rolette, de prendre le navire américain. Ces derniers abordent le Cuyahoga et capturent l’équipage, mais le vrai trésor se cache sous les ponts : les Britanniques y trouvent tous les papiers personnels du général Hull, y compris ses notes sur l’attaque prévue contre Amherstburg. Munies de ces précieux renseignements, les forces en poste à Amherstburg se préparent à attaquer; l’information recueillie s’avère essentielle à l’offensive du major-général Isaac Brock pour prendre Détroit. Les 2 500 hommes de Hull se dirigent vers Amherstburg et ne font qu’une bouchée de la milice d’Essex avant de s’arrêter. Préoccupé par la vulnérabilité de ses lignes de ravitaillement et craignant de ne pas avoir suffisamment de pièces d’artillerie pour assiéger les Britanniques, Hull annule l’offensive. Les Britanniques répliquent en attaquant les lignes de ravitaillement de Hull avec beaucoup de succès.

Hull abandonne son initiative, et Amherstburg devient le lieu de rencontre de deux grands capitaines de guerre : Brock et Tecumseh, le chef des Shawnees. À l’abri dans l’enceinte du fort, ces derniers ébauchent un plan en vue de prendre le fort Détroit, où ils remportent la première victoire décisive des Britanniques durant la guerre.

Des jours plus sombres attendent cependant Amherstburg, puisque les Américains remportent à leur tour une victoire écrasante lors de la Bataille du lac Érié, en 1813. Maintenant que les Américains contrôlent le lac, il est risqué pour les Britanniques de maintenir leur position à Amherstburg; ces derniers reçoivent donc l’ordre de brûler le fort et de se replier. Les canons sont sabotés et les bâtiments, incendiés. Les Américains reconstruisent le fort et le renomment fort Malden, mais à la fin de la guerre, celui-ci est retourné aux Britanniques, qui l’utilisent lors des Rébellions de 1837.

Voir aussi : Lieu historique national du Canada du Fort-Malden

Auteur : Jason Ridler

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